A l'approche de la déjà fin de saison, Tales From The Crate dégainait de la cartouche (très) haut de gamme cette semaine puisqu'on vous donnait rendez-vous dans les sous-sols avec une petite tranche d'histoire turntabliste, la bien nommée compilation "Cuts of Culture" sortie en Novembre 2005 sur le label Eclectic Breaks (structure liée à la société qui développa le Pro-X-Fade, peut-être le plus célèbre crossfader de notre univers platinesque) et doublement parrainée par l'excellent DJ 2Tall et Turntable Radio.
Référence indispensable de votre discothèque, ce "Cuts of Culture" est un instantané du paysage tabliste de son époque et un résumé de la longue liste d'invités de 2Tall sur Turntable Radio. Inutile de vous dire qu'elle vous vendra du rêve : A-Trak, C2C, Grazzhoppa, D-Styles, Daredevil, 2Tall, Damented, Lamont et j'en passe ...
Sans transition aucune, nous plongions ensuite dans de vieux mixs signés Mr. Thing des Scratch Perverts, l'un réalisé pour l'émission de John Peel sur la BBC et datant de 1997, l'autre célébrant en 2004 l'anniversaire d'un illustre équipementier sportif à trois bandes.
A few weeks only before the end of our fourth season, we dropped a legendary cartridge, a part of the turntablist history called "Cuts of Culture" and released in November 2005 on Eclectic Breaks (linked to the society which gave us the Pro-X-Fade crossfader), a project sponsored by both DJ 2Tall and Turntable Radio.
Absolute must have in your collection, this "Cuts of Culture" is a landscape of turntablism from the first half of the 2000 decade and a summary of the biggest guests came in the 2Tall's show on Turntable Radio. So many men so little time ! Have a look : A-Trak, C2C, Grazzhoppa, D-Styles, Daredevil, 2Tall, Damented, Lamont and many more ...
Without transition, we dove into two old mixes by Mr. Thing (from the Scratch Perverts) that I listenned a lot these days : one for the John Peel's BBC show from 1997 and the other to celebrate in 2004 the birthday of a famous sportwear brand (with a three lines logo).
Une émission entièrement consacrée au DJ Grazzhoppa's DJ Big Band histoire de célébrer le dixième anniversaire du plus recommandable collectif de DJ's belges !! Nous prenions alors le temps de vous présenter le crew (pour peu que ce soit encore nécessaire) avec leur bien nommé "10 Yearz Anniversary mix" aux commandes duquel on trouve Boula One, Courtasock, Yzerbeat, Mix Monster Menno, J To The C et Optimus. Pour la suite, on jetait une oreille attentive à l'album "Back 2 Scratch", dernière pépite du collectif sortie en Février 2013.
A 100% DJ Grazzhoppa's DJ Big Band to celebrate the 10th anniversary of the most recommendable belgian DJ crew !! We took time to introduce you this project (in case you need it) with their "10 Yearz Anniversary mix" featuring Boula One, Courtasock, Yzerbeat, Mix Monster Menno, J To The C and Optimus. Then we get an earful of the brand new "Back 2 Scratch" album, released in February 2013.
Tales From The Crate 150ème du nom !! 300 heures de programmes, les interviews de DJ's parmi les meilleurs du monde, des mixtapes de légende et des exclusivités plus souvent qu'à notre tour ... cette semaine aurait donc dû être celle des l'auto-satisfaction et des tapes dans le dos. Mais ce n'est pas le genre de la maison ! Nous préférions donc insister sur le symbole numéraire à grands renforts de chefs d’œuvre turntablistes : d'abord les "Classic Sounds" de DJ Melo-D (original world famous Beat Junkies) et le génial "War Games", septième album du maître X-Ecutioners en personne, Rob Swift ... après cela serez-vous prêts pour nous suivre jusqu'à la 200ème émission ?
150th Tales From The Crate !! 300 hours of broadcasting, interviews of some of the best DJ's around the world, exclusive or classic mixtapes, report from international events ... it should be time for self congrats in the undergroud this week I guess. But it's not our kind ! We prefered to enjoy it with two tablist masterpieces, bringing you the "Classic Sounds" by DJ Melo-D (original world famous Beat Junkies) and the legendary Rob Swift's "War Games", the amazing seventh album by the master X-Ecutioners ... are you ready to go to the 200th show !?
Cette semaine, Tales From The Crate ouvrait les portes de sa crypte sur une avant première, celle de la dernière pépite Scratch Music signée du collectif allemand 33 Funk, dont nous avions déjà parlé à l'occasion de la sortie de leur déjà excellent "Sinister Robot Enigma". Profond, mature, bref passionnant, ce "Frenzy EP" est disponible ICI depuis le 10 Décembre et constitue une écoute indispensable à tout prétendant à la composition turntabliste.
Après les émotions musclées du maxi germanique, on se remettait avec le Hip Hop de DJ Roli Rho du crew 5th Platoon, pointure ricaine historique dont on s'offrait le classique "Smart Bomb" ...
This week, Tales From The Crate openned his doors with a "grand première" with the preview of the last Scratch Music bomb from the german crew 33 Funk (remember that we already spoke about one year ago with their really good "Sinister Robot Enigma"). Deep, mature, enthralling, this "Frenzy EP" is available HERE from december 10th and should be a good stop for who wants to explore music made with turntables.
Our next stop was USA with DJ Roli Rho from the 5th Platoon crew, and his "Smart Bomb" mix, a real classic Hip Hop set that you have to listen once at least ...
De passage à Bruxelles, le plus célèbre marsupial de l'univers turntabliste nous a offert quelques trop courtes minutes avant de monter sur la scène de sa tournée "12 Bit Blues". Tales From The Crate ne pouvait que sauter sur pareille occasion d'approcher le maître Koala ...
(see below for the english version)
Tales From The Crate - J'ai
une sorte de tradition quand je rencontre un artiste pour la première
fois : raconte-moi donc tes débuts ..
Kid Koala - J'ai commencé
sous la forme d'un embryon, très, très petit. Mes cellules se
multipliaient et grossissaient. J'ai alors découvert mon ADN et
pendant huit ou neuf mois je me suis senti grandir ... et à un
moment j'ai commencé à sérieusement m'ennuyer (on éclate
de rire tous les deux) !
TFTC - Ok. On pourrait
peut-être se permettre un saut dans le temps, disons d'une dizaine
d'années (rires), histoire de parler de tes racines musicales plutôt
...
Kid Koala
- Oui, je crois que c'est une bonne idée. Mon expérience musicale a
débuté avec le piano classique. Mes parents tenaient à ce que j'étudie
la musique parce qu'ils avaient entendu que c'était bon pour le
développement du cerveau et que ça pouvait aider en maths, à
l'école et pour tout un tas d'autres raisons. Il faut dire que mes
parents ne sont pas forcément des gens baignés dans la musique :
mon père est généticien et ma mère est
comptable. La musique ne coule pas dans leurs veines (rires)
mais ils voulaient que leurs enfants l'apprennent. J'ai commencé à
jouer du piano à quatre ans, jusqu'à mes douze ans environ. C'est à
cet âge-là que j'ai découvert les platines vinyle et ça a été
une énorme révélation pour moi parce que la scène scratch n'avait
rien à voir avec celle du piano classique. C'était vraiment
captivant. La première fois que j'ai entendu du scratch, c'était
dans un magasin de disques. Les haut-parleurs diffusaient un mix et
je ne savais pas de quoi il s'agissait mais, je pense que c'est parce
que je savais jouer d'un instrument, je pouvais sentir une présence
humaine derrière ce que j'entendais. J'ignorais comment créer ce
son mais, quelque part, j'étais sûr que quelqu'un avait appris à
prendre une phrase, à en changer la vitesse, le ton, à la retourner
ou à dire quelque chose de nouveau avec. C'était terriblement
excitant à écouter. Je ne savais même pas quel matériel était
nécessaire - enregistreur cassette, disques ou n'importe quoi
d'autre - ça m'était complètement étranger mais à la seconde où
j'ai entendu ça, j'ai su que je voulais apprendre à faire
pareil.
TFTC - Tu viens de sortir ton
nouvel album, ''12 Bit Blues'', et j'aimerais m'intéresser au show
que tu proposes pour cette tournée. Ce n'est pas seulement un
concert, c'est un spectacle complet avec des platines bien sûr mais
aussi avec des claviers, des samplers, des danseuses et même des
marionnettes ! Sur scène, est-ce important pour toi d'être
plus qu'un DJ derrière des platines et comment réfléchis-tu aux
univers que tu imagines autour de tes performances musicales ?
Kid
Koala - A proprement
parler, je ne viens pas des raves ou de la culture club et aucun de
mes disques n'a jamais été porté par une tournée visant à
enflammer le dancefloor. Mon public, qui a grossi d'années en
années, n'a rien d'une foule droguée avide de tempos rapides et
répétitifs ou de lumières stroboscopiques. Il s'agit plutôt d'un
public exigeant sur ce que doit être un concert. Les gens sont
habitués à me voir dans des contextes différents : avec un
groupe, en tant que DJ, etc. C'est l'aspect humain la dimension qui
m'intéresse, l'énergie des gens inspirés par l'artiste ou même
l’énergie propre à la salle. Pour moi, il ne s'agit pas
d’assommer les gens avec de la technologie ou de provoquer des
réactions du genre ''Waouh, je ne comprends rien à ce qui se
passe''. Il s'agit de communiquer. Même dans les plus gros concerts
Rock, les meilleurs moments c'est quand ça devient intime et que tu
peux sentir les émotions de quelqu'un en train de chanter avec son
instrument et connaître ainsi un genre de connexion. J'essaye de
faire en sorte d'arriver à ça avec des platines. Il y a de toute
façon une distance à partir du moment où tu te retrouves face à
toutes ces étranges machines, tu sais qu'au moins 80% de la salle
n'a aucune idée de ce qu'elles font. Les 20% qui savent vont suivre
ce qu'il se passe mais ça fait quand même un gros pourcentage de
pertes ... à moins qu'ils soient tous drogués (rires) !
Dans ce cas ce n'est pas important parce que tout ce dont ils ont besoin
c'est danser et s'échanger leurs numéros de téléphone. Pour moi,
le live se rapproche plus du fait d'aller voir un film, une pièce de
théâtre ou si tu vas voir quelqu'un comme Tom Waits sur scène. Il
y a toujours beaucoup de dynamiques dans ses spectacles, beaucoup de
narration et de personnalité. La performance musicale est grandiose
évidemment mais au delà de ça, c'est une expérience totale qu'on
te propose. En tant que DJ, même quand je me contente de passer des
disques, j'essaye de raconter une histoire dans le temps qui m'est
imparti. Du coup quand je travaille sur un album ou un livre, quand
j'ai l'opportunité de produire quelque chose d'important supporté
par un spectacle, j'ai toujours énormément de plaisir à imaginer
ce qu'on pourrait mettre sur scène pour créer cette sorte d'énergie
dont je parlais et rendre le show surprenant. Tu sais : je veux
juste voir des gens sourire (rires) !
Comme
tu le sais déjà, dans ''12 Bit Blues'', il y a beaucoup de morceaux
assez lents. Pour la tournée ''Space Cadet'', tous les spectateurs
portaient des casques et étaient assis, il nous était donc possible
de faire un concert détendu à un tempo très bas. Mais là on est
dans une salle de spectacle où les gens sont debout alors comment
maintenir leur énergie et leur attention même si la musique est
lente ? Voilà pourquoi on a apporté des éléments comme les
marionnettes, les danseuses et tous ces trucs. Tu verras que ça aide
bien à illustrer l'histoire que je raconte et les émotions de la
musique ... et c'est assez drôle aussi ! TFTC
- Comment est-ce que ce processus fonctionne pour toi ? Est-ce
que la musique vient d'abord ou est-ce que tu réfléchis à la
musique et à la performance live en même temps ? Kid
Koala
- J'ai toujours en tête que la tournée fait partie de l'équation
mais ce n'est pas ça qui alimente le contenu du disque. Quand je
suis en studio, je n'essaye pas d'imaginer qu'il y a un public pour
ce sur quoi je travaille. Je fais mon truc, c'est tout, je fais des
expériences avec des disques. Parfois je veux juste créer un album
à écouter au casque quand tu es seul et triste ! Pour ''Space
Cadet'', nous avons recherché dès le début ce sentiment d'être
isolé mais comment faire ça sans être obligé de jouer pour une
seule personne encore et encore pendant des années (rires) ?
Il fallait trouver un moyen de faire un spectacle où tout le monde
se sente seul tout en étant entouré de gens ... Cette question du
live survient toujours alors que j'ai presque terminé le projet. Ça
a été pareil pour ''12 Bit Blues''. J'en étais au mixage et au
mastering de l'album quand j'ai commencé à me demander comment
porter ça sur scène. J'avais déjà essayé plein de trucs avec des
SP, des scratchs et tout un tas d'autres trucs de live. Bon, il reste
toujours l'option d'embarquer 18 DJ's et 40 platines mais ça crée
une logistique impossible ... et je ne crois pas que j'ai dans mes
connaissances 18 DJ's prêts à partir en tournée tous ensemble
(rires) ! Donc
tu cherches un moyen de présenter la musique en respectant les
sentiments que tu veux créer chez ton auditeur. Ce que j'aime avec
la platine c'est qu'elle reste dangereuse pour moi. Ton show tient
toujours en équilibre sur ces trois, quatre ou six aiguilles qui
dansent sur le vinyle. Rien à voir avec ces spectacles où les
ordinateurs contrôlent tout et où il ne te reste qu'à danser
autour, pour moi il y a toujours des erreurs à récupérer, il faut
retrouver tes points de repères, penser à ce qui est en marche ou
pas à chaque instant, et j'adore l'énergie que ça crée. J'essaye
toujours de faire que mes spectacles soient un peu risqués pour le
performer. Sans aller jusqu'à faire le funambule, j'aime savoir que
tout peut s'effondrer sur une erreur et si le public le ressens
aussi, ça rend les choses plus excitantes.
TFTC - Ton travail est également dangereux pour les
gens qui essayent le commercialiser ! C'est toujours original et
inattendu, ce doit être un casse-tête pour Ninja Tune qui a sorti
toutes tes productions, est-ce que tu te sens particulièrement
chanceux de ne pouvoir faire que ce que tu veux ? Et te
rends-tu compte que cette liberté est assez unique aujourd'hui pour
un artiste ?
Kid Koala - Absolument. Les gens
qui gravitent autour de mon travail ou qui le soutiennent sont une
bénédiction, cette équipe que nous avons construit avec les
années : écrivains, animateurs, metteurs en scène,
chorégraphes ... Quant à la place du label dans tout ça, ça a
toujours été un honneur pour moi d'avoir été invité sur Ninja
Tune parce que Coldcut, qui a créé le label, est l'auteur de
disques qui m'ont influencés dès 1988 ou 1989, et qui m'ont poussés
à suivre la voie que tu connais aujourd'hui. Les disques que ces
gars ont fait m'ont même aidés à monter sur scène. J'utilisais
leurs disques en battle, par exemple le EP ''Beats + Pieces'' que je
connais absolument par cœur, je n'ai même plus besoin de mes
repères dessus, je peux juste le parcourir de tête ! Mais je
vois où tu veux en venir. Certains de mes amis ont signé sur des
gros labels, des majors, des indépendants, toutes sortes de
structures, et ils vivent clairement une expérience différente de
la mienne ! Je sais que j'ai de la chance. Je réalise ce que ça
représente.
Je n'ai jamais le début d'un hit radio. Ça ne m'intéresse pas. Le
fait de faire ou non un morceau qui va détruire le dancefloor n'a
aucune importance à mes yeux. Ce n'est pas ma culture. Moi, je viens
des films de Woody Allen et du piano classique. A cause de ça, même
si Ninja Tune a d'abord été un label orienté vers les pistes de
danse, ils m'ont mis le pied à l'étrier et m'ont laissé faire
cette étrange mixture turntabliste et tous ces trucs de geek avec
mes platines, mes bandes-dessinées et toutes mes histoires à
raconter sur scène. Ils m'ont soutenu à chaque étape. Donc bien
sûr que je me sens chanceux, d'abord de les avoir derrière moi,
ensuite d'avoir su trouver un public pour mon travail. Ces gens qui
viennent me voire doivent être des genre de jedis (rires) !
Ou alors il veulent juste voir quelque chose d'inédit se produire.
Je ne dis pas que c'est un un public immense, je n'ai jamais voulu
ça, ça n'aurait aucun sens. Je chéris ce sentiment d'intimité que
tu ressens même pendant un concert, c'est primordial pour moi. Et je
suis parfois difficile à supporter ! Comme avec le dernier
album et la platine en carton à monter pour les enfants, ça doit
être extrêmement cher à produire ! Ils me disaient :
Tu sais combien ça va nous coûter ? Mais OK, si tu es sûr de
ton coup, nous allons essayer ... Je sais que j'ai une chance énorme.
TFTC - Il faudrait voir à ne pas tomber dans
l'excès de modestie, tu fais comme si tu ignorais que des DJ's
jouent tes morceaux dans des endroits où on danse ... et que ça
fonctionne !
Kid Koala - Non ! Je n'ai
jamais entendu ça (rires) !! La seule personne que j'ai
entendu jouer un de mes morceaux c'est Amon Tobin. On était en
tournée et il a joué ''A Night At The Nufonia''. Quand il a
commencé, on voyait que les gens étaient totalement perdus mais il
a ensuite rajouté des éléments de Drum'n'Bass dedans et là la
foule s'est emballé, c'était du délire. C'est un fan et un ami
proche, quand mon morceau a commencé, je me suis demandé pourquoi
il se sabotait ainsi mais c'était drôle, nous partageons le même
le même sens de l'humour.
Mais en dehors de ça, je n'ai jamais
été dans un club Hip Hop dans lequel le DJ ignorait que j'étais là
et où j'ai entendu un de mes morceaux et je ne crois pas que ça
arrivera. Peut-être avec d'autres projets auxquels je participe
comme Handsome Boy Modeling School ou Deltron 3030 mais c'est ce que
tu entendras de plus proche de mon travail en clubs, ces projets
étant plus efficaces dans ce genre d'endroits.
TFTC
- La bande-dessinée et les arts graphiques sont à la fois une de
tes influences et un domaine dans lequel tu évolues (Kid Koala à
réalisé deux œuvres à la fois romans graphiques et albums CD :
''Nufonia Must Fall'' en 2003 et ''Space Cadet'' en 2011 -ndlr).
As-tu suivi des études d'art ? D'où vient cette passion et y
a-t-il des artistes que tu suis et apprécies particulièrement ?
Kid
Koala
- C'est une question
intéressante parce que bien que je savais qu'il existait une scène
de comic books et des romans graphiques quelque part, je ne m'y suis
vraiment intéressé qu'après avoir moi-même travaillé sur des
livres. Quand j'étais enfant, je distribuais des journaux avant
l'école, c'est comme ça que je me faisais de l'argent de poche. Ce
n'était pas grand chose, juste de quoi m'acheter un ou deux disques
par semaine. Je n'avais assez d'argent que pour un vice et il m'était
impossible d'être à la fois dans la musique et les comics (rires) !
J'ai dépensé tout mon argent dans les disques. Mais pour certains
de mes premiers disques, la pochette à elle seule était une
expérience, une histoire, une chance de faire la blague juste ou de
proposer des créations visuelles de folie qui m'ont beaucoup
inspiré. C'est comme une expérience à travers les dimensions pour
échapper à la réalité : tu ouvres le disques, tu l'écoutes
tout en te plongeant dans la pochette et là c'est un tout autre
monde qui s'offre à toi. Voilà plutôt ce qui m'a donné envie de
plonger dans les visuels, les petites bandes-dessinées et toutes ces
choses qui m'ont permis de développer mon goût pour la narration,
même si de ce coté-là je pense être plus influencé par le cinéma
que par des auteurs de BD. De toute façon je ne crois pas avoir un
niveau suffisant pour être un vrai auteur (rires) !
Mais je progresse à chaque livre auquel je m’attelle. Il faut
plutôt le voir comme le prolongement des choses que j'adore :
le Muppet Show, les films des frères Cohen, Jean-Pierre Jeunet ...
Je regarde ces créations et ça me donne l'énergie et la motivation
pour raconter des histoires avec autant d'émotions et de passion que
ce qu'arrivent à réaliser ces gens-là. Je serais sans doute plus
compétent pour te parler de réalisateurs de films que d'auteurs de
comics mais depuis mon premier livre, j'ai été invité dans des
conventions de BD ou des Comic Con' (Comic Convention
-ndlr) où j'ai rencontré pas
mal de gens jusqu'à avoir quelques amis aujourd'hui dans ce milieu :
Brian O'Malley, l'auteur de ''Scott Pilgrim'', Jhonen Vasquez qui a
créé ''Johnny The Homicidal Maniac'', j'aime beaucoup Chris Ware
évidemment (dessinateur pour le New Yorker, entre autres
-ndlr), Mœbius ... il y a trop
de noms à citer (rires)
!
Mes propres travaux graphiques - comme ''Space Cadet'' ou celui
avec le moustique sur lequel je travaille actuellement - me donnent
l'impression d'être réalisés comme les dessins animés sur les
coins des pages d'un cahier ou comme un film muet accompagné d'une
bande son. Je suis un grand fan de compositeurs de musiques de films
comme Bernstein ou Ennio Morricone, c'est une musique qui me touche
profondément. Et comme personne ne m'a jamais demandé d'en faire,
je me suis dit que j'allais réalisé ma propre histoire pour pouvoir
composer la musique qui va avec ! Je crois que quand tu veux que
des portes s'ouvrent, parfois, il faut simplement aller les ouvrir
toi-même, si tu vois ce que je veux dire. TFTC
- Composer pour des histoire qui ne sont pas les
tiennes, c'est quelque chose qui t'intéresserait ? C'est le
moment de le dire, je suis sûr que ça pourrait éveiller l'intérêt
de beaucoup de gens (rires) !
Kid
Koala
- Les gens commencent à me demander de le faire ... tu
sais j'ai commencé avec Ninja Tune en 1996 et pendant 5 ou 6 ans, je
n'ai été considéré que comme un performer pour les clubs. Je
n'avais encore rien enregistré et quand ça a été le cas, les gens
ont pensé que mon univers narratif tenait de la comédie. Mais le
public est plus malins que ça et il est évident que ''Nufonia Must
Fall'' et ''Space Cadet'' sont de vraies histoires avec beaucoup de
personnalité. C'est quand j'ai commencé à travailler sur ces
projets qu'on a commencé à me considérer comme un compositeur
autant au piano que derrière les platines, capable de raconter et de
créer l'émotion sans recourir à des artifices comme l'utilisation
de voix par exemple. Et quand on a travaillé sur ''The Slew'' (un
projet aux influences Rock avec Dynomite D et deux des membres du
groupe Wolfmother -ndlr), nous
avons reçu des coups de téléphone de la part de projets comme
''Sons of Anarchy'', la série TV, tu sais les gros durs sur des
motos (rires) nous
demandant si nous voulions réaliser des morceaux pour eux.
C'est
ce que j'aime avec les platines vinyle, il y a un champ des possibles
presque sans limite, elles sont nées pour être des caméléons. Il
n'est question que de comment tu te sens et de comment tu veux jouer.
Là d'où je viens, en hiver, les gens sont plutôt tristes, c'est un
endroit vraiment déprimant ! Du coup tu scratches différemment.
Tu ne veux rien de rapide. Le genre de disque sur lequel tu
t'entraînes c'est plutôt du genre Boards of Canada, tu essayes de
saisir tes sentiments et de les retranscrire. Et puis quand arrive
l'été il te faut des beats massifs, vas-y (rires) ! Mon
environnement affecte ma musique, la météo, ce genre de choses ...
TFTC
- Pour terminer cette interview (Je n'ai pas eu le
temps que j'aurais souhaité -ndlr), j'aimerais avoir ta version sur
deux points qui tiennent presque aujourd'hui de la légende urbaine.
Tout d'abord : il se dit que tu doit porter un costume de koala
sur scène pour quelque chose comme 300 concerts à cause d'un pari
perdu, est-ce vraiment le cas ?
Kid Koala - Oui sauf qu'il ne s'agit pas de 300 concerts,
ce serait trop long ... quasiment le reste de ma carrière (rires) !
Il s'agit de 100 spectacles. J'ai effectivement perdu un pari
concernant ma capacité à sauter à la corde pendant huit minutes
sans faire d'erreur. Ne faites jamais ce genre de pari, c'est
impossible ! Peu importe que vous soyez entraîné. Moi-même je
saute à la corde pendant mes cours de gym avec un entraîneur de
boxe, bien que je ne boxe pas mais il me fait faire ça. Donc sur ce
coup j'étais sûr de moi, du genre : ''Bien sûr, huit minutes,
je peux faire ça'' et l'instant d'après, je devais porter ce
costume de koala pendant 100 concerts (rires) ...
TFTC
- Le second point concerne l'avenir de Deltron 3030 (un projet
musical avec Dan The Automator et Del The Funky Homosapiens -ndlr)
auquel tu participes. Voilà trois ans que j'entends parler - et donc
que j'attends - un deuxième album. Peut-on encore espérer quelque
chose de ce coté-là ? Est-ce que quelque chose se
prépare ? Kid Koala - Absolument. Si tu vas
sur Youtube, tu trouveras quasiment la totalité de cet album joué
live pendant l'été 2012. L'enregistrement est terminé, nous
l'avons masterisé il y a un mois et demi. C'est notre moment !
Nous avons beaucoup travaillé dessus depuis des années, et cet été
il nous a été proposé de le faire tourner sur scène. On a fait
sept concerts, Dan, Del et moi. Nous avions clavier, batterie,
guitare et un orchestre de vingt instruments avec une section de
cuivres. Il y a beaucoup d'arrangements orchestraux dans ce nouvel
album et quand il a fallu réfléchir à comment porter ça sur
scène, la meilleure idée a finalement été d'embarquer un
orchestre avec nous. Et c'est très cool (rires) !! Donc
si tu fais une recherche sur Deltron 3030 sur Youtube, tu trouveras
les nouvelles chansons jouées en live.
Il nous a fallu changer
trois fois de distributeur, ça ne marchait pas comme nous voulions
mais passons ... maintenant c'est réglé avec EMI. Au départ nous
visions une sortie pour le mois de Novembre mais je suppose que c'est
déjà trop tard et ils veulent plutôt le sortir au printemps
prochain. Mais le disque est terminé donc les gens ne devraient pas
avoir à attendre beaucoup plus longtemps. Et nous en sommes plutôt
fiers !
Tales From The Crate - There
is a kind of tradition in Tales From The Crate each time that I meet
someone for the very first time : I want you to tell me about
your early begining ...
Kid Koala - Well, I started
as an embryo, very, very small. My cells kept dividing. I discovered
my DNA and during eight or nine months I felt myself growing ... and
at one point I just got bored (we're both laughing out
loud) !! TFTC
- Ok. Maybe we could make a kind of jump across time to be back
fifteen years later (laughs) and talk about your musical background
... Kid Koala
- Yes, I think that's a good idea. My musical experience begun
with classical piano. My parents really wanted me to study music
because they heard it would be good for your brain and help you in
maths, in school and all kinds of other reasons. I have to say that
my parents aren'tnecessarely musical
people : my father is a scientist in genetics and my mother is
an accountant. There is not a musical bone in their body (laughs)
but they wanted their kids to
have some musical studies. So I started taking lessons when I was
four and kept playing piano all the way through to I was twelve.
That's when I discovered turntables and it was a big revelation for
me because the scracth scene was so different from classical piano.
It was very captivating. The first time I heard scratching it was
in a records store. It was playing on a mix over the speakers ant I
didn't even know what it was but, because I played piano I think, I
was able to feel the human presence behind it. I didn't know how the
sound was being made but I knew that somewhere, somebody learnt how
to take a sentence and chop it up and changed the rhythm and swing it
and make it say something new. It was very exciting to hear it. I
even didn't know what they used - tape recorder, records or whatever
- it was just completely foreign to me but the second I heard it I
knew that I wanted to learn how to do that. TFTC
- You just released your new album called ''12 Bit Blues'' and I
would like to talk about the show you're offering on tour. It's not
only a concert, it's a complete live show with turntables of course
but also with keyboards, samplers, dancers and even puppets ! Is
it important for you on stage to be more than a DJ behind his decks
and how did you think to all these universes you imagined around the
live musical performance ?
Kid
Koala - Strictly speaking
I didn't come from the clubber rave culture and none of my records
have ever been touring burning a dancefloor at all. So the audience
that has growned over the years on touring is not a crowd that is on
drugs and just tripping, needing really repetitive high tempos and
crazy lights or anything. They're actually more the kind of stricter
audience for me in terms of their expectations of what a show is.
People used to see me in several contexts and the part that always
moves me is that human element, the energy, inspired by the charisma
of the performer but also the energy in the room. To me it's not
necessarely
about soaring over people's heads with technology or being like
''Wow, I don't even understand what's going on''. It's about
communicating. Even in the biggest Rock concerts that I gone to, some
of the most captivating moments were when a band stripped down, when
you can feel someone singing with his instrument or something and
know a real connection there. I try to make that happen with the
turntables. There's already a kind of distance the second you have
all this weird technology in front of you. Be sure that at least 80%
of the audience doesn't know what any of it does. The 20% that knows
will follow but that's a big pourcentage ... unless they're all on
drugs (laughs) !
In this case it doesn't matter because they just need to dance and
get each other phone number ! For me a live show is more like if
you go to see a film, a theatrical play or if you go to see someone
like Tom Waits. There is always a lot of dynamics in his shows, a lot
of storytelling and a lot of personality. Musical performance is
obviously amazing but overall it's like a full arc of an
experience. With deejaying, even if it's just me playing records,
I try to tell a story within an amount of time that I have. So when I
work on an album or a book, when I have an opportunity to create a
bigger production supported by a show, I always have a lot of fun
thinking to what we could bring into it that will help to put this
sort of energy I talked about before and make the show surprising. I
just want to see smiles (laughs) !
As
you know in ''12 Bit Blues'' there are a lot of pretty slow tunes.
When we did the tour for ''Space Cadet'', everybody was wearing
headphones and was sitting down so it was possible to do a really
relax slow tempo show. But here is a concert hall where people is
standing so how could we keep the energy and the attention going even
if the music is slow ? That's why we brought elements like
puppets, dancing girls and things like that. You'll see that it use
to help to illustrate the narrative and the sentiment in the music
... and it's pretty fun too ! TFTC
- How does it work for you, I mean is the music coming first or are
you thinking to music and live performance at the same time ? Kid
Koala
- I always know that touring is a part of the equation but it doesn't
fuel the recording process. When I'm in the studio, I don't pretend
there is an audience of people there. I'm just doing my thing,
experimenting with records. Sometimes I just want to make a headphone
record that people can listen to when they're very lonely ad sad!
For ''Space Cadet'', we early wanted that isolated feeling but how
could we do this as a live show without me playing to one person over
and over again for years (laughs) ?
It was like : Ok, let's do a show where everyone feels isolated
but they're together ... That question usually comes up when I almost
finished the project. It was the same for ''12 Bit Blues''. I was in
the mixing and mastering stage of the album when I started to ask me
how we could pull these songs live ? I already tried a lot of
stuffs with SP, scratchs and other things live. There's always an
option like bringing 18 DJ's on stage and 40 turntables but the
logistic for that is crazy ... and I don't think I know 18 DJ's who
want to be on tour together (laughs)
!
So you try to find a way to present the music as close as possible to
the feelings you want to give. What I like is that turntables I'm on
are still dangerous to me. Your show is still balancing on these
three, four or six tiny needles dancing on records. It's not like
this kind of show where computers are running everything and you're
just dancing around, for me there always are things to recover, you
have to re-cue, you have to think to what is on and what is not, and
I like that energy about it. So I try to always keep my shows quiet
dangerous for the performer. I don't mean like tightrope walking or
anything like that but there is this energy that could fall apart and
I think when the audience feels that, it's making things more
exciting.
TFTC
- Your work is also dangerous for people who tries to
sell it ! It's always original, often unexpected, what a
headache for a label !! You released almost all your works on
Ninja Tune, are you feeling lucky to be able to do just what you
wanna do ? Are you aware that kind of freedom is quiet unique
for an artist today ?
Kid Koala
- Definitely. I think I have been very blessed with the people
who gravitates toward my work or decided to support it, with the team
that we built : writters, animators, set designers,
choregraphers ... As far as the label is concerned, it was an honour
to be invited to record for Ninja Tune because Coldcut, who started
the label, did some of the records which influenced me, back in 1988
or 1989, and made me doing the kind of music I still do today. The
records they were doing even helped me to go on stage. I used to
battle with those records, like their ''Beats + Pieces'' 12 inches, I
know every drop on that record, I don't even need to label it !
But I totally got your point. I have friends who signed with major
labels or independant ones and they have a completely different
experience than I have ! So I'm very lucky and I do realize
that.
I don't have an inkling of a radio hit. I'm not interested.
I don't really care about making dancefloor destroying track or
anything like that. It's not where I'm from, I come from the watching
of Woody Allen's movies and playing classical piano. Because of that,
even if Ninja Tune was primarily a dancefloor label, they put me on
and let me do my kind of weird nerd turntables experiments, comic
books storytelling and live shows production. They supported me every
step of the way. So yes, I feel very lucky, first of all to have them
behind me and secondly that we were able to find an audience for
this. These people should be some jedis (laughs) ! Or
they just want to see something else happening. And I'm not saying
that it's necessarely a big huge mass market of an audience, it was
never meant to be and I like that. I protect that feeling of an
intimacy, even at a live show, it's important to me. And the label,
they have been really supported me, even with this last album and his
old cardboard record player for kids, it's very expensive for them to
do this kind of things ! They were like : You know how much
it's going to cost us ? Ok, as long as you know, we gonna try it
... So of course, I feel very lucky.
TFTC
- Don't be so modest, you don't seems to know that some
DJ's are playing your tracks in places where people uses to dance ...
and it works !
Kid Koala
- No ! I never ever heard it (laughs) !! The
only person I heard playing one of my tracks was Amon Tobin. We was
on tour together and he played ''A Night At The Nufonia''. He started
up and just confused the crownd but then he mixed with a Drum'n'Bass
thing into it and people freaked up ! He's a fan and a very good
friend and when he started I wondered why he was doing this but it
was funny because he actually understands my sense of humour.
But
no, I've never been in a Hip Hop club where the DJ didn't know I was
there and heard one of my tracks and I don't think it will ever
happen. Maybe for some stuffs I'm involved in like Handsome Boy
Modeling School or Deltron 3030 but it's the closest thing you could
hear from me in a club because they're more designed for that scene.
TFTC - You
both influenced by and involved into graphic art and comic books (Kid
Koala released ''Nufonia Must Fall'' in 2003 and ''Space Cadet'' in
2011 which are both graphic novels and CD albums. He also made a mix
called ''Music to draw to'' in 2010 and he's releasing his own cover
art -ed). Did you follow any drawing studies ? Where this
passion is coming from and are who are the artists you're loving or
following ?
Kid
Koala
- Right. That's an
intereting point because I knew there was a comic books and graphic
novel scene somewhere but I didn't really learn about it until after
I started doing books. When I was a kid I used to deliver newspapers
before school, that's how I made my money. It wasn't a lot of money
but it was enough to buy a couple of records a week. I only had
enough for one vice and I couldn't be into records and comic books
(laughs) ! I just spent all
my money in records. But for some of these early records, the
packaging was in itself an experience, a story, a chance to tell the
right joke or to do crazy visual kind of things with the artwork that
was very creative and very inspiring to me. It's a dimensional
experience to escape from your reality : you open those records,
listening to it watching artworks and there's another world in there.
That's kind of what leaded my own way to go into visuals, little
comic strips or features like my taste for narrative, even if I think
I'm more influenced this way by cinema than by any graphic novelist.
Anyway I don't feel that I can draw well enough to be a real graphic
artist (laughs) !
But I get better for every book I try. For me it's just an extension
of what I was into : the Muppet Show, Coen brother's movies,
Jean-Pierre Jeunet ... I watched those stuffs and it energized me and
gave me this motivation to tell stories that have feelings and with
as much passion as what these guys are doing.
I can probably
speak more about film directors than graphic novelists but since I
have done some books I have been invited in some Comic Con' (comic
books convention -ed) where I
have met a lot of people and thesedays I have a couple of friends in
this scene : Brian O'Malley from ''Scott Pigrim'', Jhonen
Vasquez who made ''Johnny The Homicidal Maniac'', I like Chris Ware
obviously, Mœbius ... There're too much names to say (laughs) !
For
me these graphic novels - like ''Space Cadet'' or the mosquito one
that I'm working on - are just fully made like a paperback movie or a
silent screen play with an accompanying soundtrack. I'm a big fan of
film music composers like Bernstein or Morricone, that music really
moves me. No one never asked me to do it so I was kind of like ''Ok,
I gonna do my own little story and I'll do my own music to be
with !'' I think, in your life, when you want to open certain
doors, sometimes you just have to go to open them by yourself, if you
know what I mean.
TFTC
- Is this something you want to do, composing for movies ?
Say it now, I think there is a lot of people who could be interested
by such a call (laughs) !
Kid
Koala
- People are starting to ask me to do itbecause ... you
know, I started with Ninja Tune in 1996 and for 5 or 6 years, people
used to think I was just a performer for clubs. I didn't even record
anything, and when I did, they were like ''Ok, it's a kind of weird
narrative stuff, almost a comedy''. But they're clever and it's
obvious there is a lot of storytelling and personnality in my work.
When I worked on ''Nufonia Must Fall'' and ''Space Cadet'', people
started to consider me as a composer with piano or turntables, able
to create more emotive stuffs, without spoken word or anything. And
when we did ''The Slew'' (a rock influenced project with Dynomite
D and two members from the rock band Wolfmother -ed), we received
phone calls for project like ''Sons of Anarchy'', the TV show, tough
guys on motorcycles (laughs).
And these guys asked me ''Do you want to do some tracks ?''
That's what I love with turntables,
there's such a wide range of possibilities and they're born to be
chameleon. It's just about how you feel and how you wanna play. Where
I'm from, in winter time people are sad, it's a very depressing place
to be ! So you scratch differently. You don't want to scratch
fast and uptempo. The kind of record you want to practice over is
more like Board of Canada, you just try to catch your feelings. And
in the summer time you want bigger beats, let's go (laughs)
! I'm very affected by my surrounding, the weather, all that kind of
things ...
TFTC
- To finish this interview (I definitely didn't have time enough with him -ndlr)I would like to have your version of two
stories about you that are almost urban legends today. First : I
heard that you have to wear a Koala suit for something like 300 live
shows because you lost a bet, is that true ?
Kid
Koala
- Yes, but it's not 300 shows, that would be too long
... the rest of my career (laughs) !
It's 100 shows. I did lose a bet regarding my ability to jump rope
for eight minutes without messing up. Don't make this kind of bet,
it's impossible ! I don't care if you've been jumping rope. You
know, I do it at the gym, with my boxing trainer, even if I don't box
but I do the jump rope. So I was like : ''Yeah, eight minutes, I
can't do that'' and a few seconds later I had to wear this koala suit
for 100 shows (laughs) ...
TFTC
- The second point is about Deltron 3030 (a musical
project with Dan The Automator and Del The Funky Homosapiens -ed)
you're involved in. We're hearing about - and so waiting for ! -
a second album for something like three years. Is there something
coming ? Could we still expect it ? Kid
Koala
- Yes, of course. Just
go on Youtube, you'll find almost the entire album performed live
this summer. The recording is finished, we mastered it a month and a
half ago. It's our time ! We've been working on it for years,
obviously, and this summer we had the opportunity to tour with it. We
did seven shows with Dan, Del and I. We had keyboard, drums, guitar
and a a twenty pieces orchestra with a horn section. There is lot of
orchestral stuffs on the album and when it came time to put it live,
we asked ourselves how we could make it on stage and the best way was
to bring an orchestra. And it's so cool (laughs) !!
So if you look to stuffs from Deltron 3030 on youtube, you'll see the
new songs performed live.
We had to change
our distributor three times, it wasn't working in our point of vue
but whatever ... but now it's OK with EMI. Originally we were aiming
for November but I guess it's too late and they want to release it
next spring. But the record is finished so people don't have to wait
to much longer. And we're really proud of it !
Thanks to Kid Koala for his time, smile and skillz.
Sans le high kick de la mort (justement) encaissé en Septembre 2009, Grandmaster Roc Raida aurait eu 40 ans ce mois-ci. L'occasion d'un double constat : 1. ne s'improvise pas David Carradine qui veut et 2. le maître manque cruellement au peuple turntabliste tout entier. Cette semaine était donc l'occasion pour Tales From The Crate de revenir sur les talents de ce demi Dieu de la platine vinyle et sur la préhistoire du Scratch contemporain avec le tribute "Roc for Raida" (vous avez saisi le brillant jeu de mots ?) réalisé en Mars par Rob Swift et rassemblant la crème de ses frères d'armes X-Ecutioners. Une saveur Old School indescriptible et un style un peu oublié ... mais pas chez nous.
Paléontologues d'un soir, nous exhumions ensuite la rarissime pépite "Next Stop Brooklyn", signée du maître disparu aux cotés de DJ The Boy et sortie en cassette à une époque que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître ...
Ce soir plus que jamais : R.I.P. Anthony Williams.
In September 2009, Grandmaster Roc Raida was kicking to death during a sport trainning. For his 40th anniversary (May, 18th 1972), there are two things to say : 1. being David Carradine is a full time job and 2. turntablist people is missing the master. So this week, Tales From The Crate was back to the skills of one of gods of turntables with the tribute "Roc for Raida" by DJ Rob Swift and a few X-Ecutioners. An Old School taste almost disappeared that people seems to have forgotten ... maybe everybody but us.
Still in a paleontologist way, we dug a really rare gems in second part : "Next Stop Brooklyn" by our Grandmaster alongside DJ The Boy, released in tape (I swear) and came from a time that people under 20 years old can't know ... Tonight more than ever : R.I.P. Anthony Williams.
Ce n'est rien de moins qu'un évènement qui occupait les sous-sols cette semaine avec l'avant première de "31 Novembre", nouvel album du trio lyonnais Scratch Bandits Crew et pépite turntabliste chaudement recommandée !! Supa-Jay, Syr et Geoffresh nous offraient le temps d'un entretien dans les grandes largeurs, l'occasion de revenir sur leurs débuts, leur travail et leurs projets (l'interview est à retrouver ICI).
Nous revenions ensuite sur le label anglais King Underground dont nous parlions il y a une paire de semaines (ICI), avec un podcast fort printanier (n'est-ce pas ?) pour la marque Dephect signé par DJ Ping, tête pensante d'une structure qu'on vous a déjà dit de surveiller, on n'voudrait pas insister ...
Nothing but an event this week with the preview of "31 Novembre", new album from the french trio Scratch Bandits Crew and amazing turntablist records to be listened as soon as you can !! Supa-Jay, Syr and Geoffresh took time to answer our question in a pretty cool interview that you can find HERE (french only).
Then we were back to King Underground that we spoke about a few weeks ago (HERE), with the Dephect Spring Podcast made by DJ Ping, leader of this british label that we already told you to watch out ...
2012 est décidément une bonne année pour le Scratch hexagonal ! Deux ans après leur premier opus "En Petites Coupures", les lyonnais du Scratch Bandits Crew reviennent avec les douze titres de l'album "31 Novembre" (disponible dès le 09 Avril), remarquable galette turntabliste à la poursuite d'une musicalité qui fait parfois défaut au genre.
Petite bombe inventive et sensible, le trio prouve avec cette sortie que la Scratch Music peut allier technicité, émotion et efficacité et pourrait bien bouleverser une paire d'idées reçues sur ce type de travail aux platines. Et ça ferait pas de mal ...
Tales From The Crate se devait évidemment de kidnapper Supa Jay, Syr et Geoffresh le temps d'une interview souterraine dans les grandes largeurs.
Tales From The Crate - C'est la
première fois que j'ai la chance de vous recevoir dans Tales From
The Crate, passons donc au chapitre Genèse. On a du vous le demander
un milliard et demi de fois ...
Supa Jay - Ouais !!
TFTC - ... mais on va y repasser :
Qui ? Quand ? Quoi ? Comment vous vous rencontrez et
commencez à travailler ensemble ?
Supa Jay - A la base Scratch Bandits
Crew est un collectif qui est né à Lyon en 2002. On s'est tous
rencontré autour de notre passion pour le Scratch. Pour nous c'était
un moyen d’échanger nos techniques puisqu'à l'époque Internet
n'était pas encore développé comme aujourd'hui, tout se faisait un
peu à l'oral.
Très vite on nous a proposé de faire
des concerts. Au départ on était plus dans ce qui s'apparentait à
de la performance, à des shows dans l'esprit des prestations lors
des championnats de Scratch. Et puis avec les années on a commencé
à réfléchir à une identité artistique en composant nos morceaux
puis en montant un vrai spectacle pour faire des concerts.
La formation comme elle existe
actuellement c'est à dire Geoffresh, Syr et moi, date de 2009. Au
final Scratch Bandits Crew est un collectif auquel une dizaine de
DJ's ont participé mais aujourd'hui le noyau dur c'est la formation
en trio qui représente le nom sur scène et sur disque.
TFTC - Les « anciens »
gravitent-ils toujours autour de vous ?
Supa Jay - Certains ont complètement
arrêté la musique, il faut dire qu'en dix ans il peut se passer
beaucoup de choses. Parmi les gens qui sont toujours actifs dans le
mouvement, sur le disque ("31 Novembre") on peut citer
la participation de Fly et Mart-One, deux personnes qu'on invite avec
nous sur scène dès que les dates le permettent pour réaliser des
featurings. Pour faire simple, le trio est devenu la formation de
base mais il y a certains des "anciens" qui gravitent
autour du projet et font des apparitions dès qu'on en a
l'opportunité.
TFTC - A la façon dont tu le décris,
certaines personnes peuvent avoir le sentiment que vous avez opéré
une sorte de hold-up sur le nom mais en fait de nombreux membres du
collectif sont toujours autour de vous mais sont moins actifs ou pas
au sein de ce projet là ?
Supa Jay - En 2002, quand j'ai monté
le groupe, les objectifs n'étaient pas les mêmes. A la base on
était tous là par passion et puis au fur et à mesure du temps on a
du se resserrer autour de ce qu'on voulait vraiment faire ensemble.
Ne serait-ce que pour des raisons de temps.
La Sratch Music c'est super parce que
c'est en perpétuelle évolution mais c'est une musique qui prend
énormément de temps à élaborer. En 2009 on nous a proposer
énormément de dates et tout le monde a du faire un choix quant à
ses objectifs et ses engagements. C'est là qu'on a décidé de créer
un noyau dur qui pourrait assurer la représentation tant sur disque
que sur scène.
Après Scratch Bandits Crew c'est un
collectif de gens qui se voient tout le temps mais c'est vrai qu'on a
connu une évolution entre l'époque où on existait de manière
informelle et où on se formait quand on avait l'opportunité
d'assurer un concert, et le trio comme il s'est dessiné en 2009. On
a fait une centaine de concerts depuis, c'est vraiment une activité
quotidienne, permanente.
TFTC - DJ Fly que tu citais à
l'instant s'est illustré en compétition en devenant champion du
monde DMC en 2008, c'est quelque chose que vous avez fréquenté en
équipe ce cercle des championnats ?
Supa Jay - On a gagné la Coupe de
France en 2004. Ça fait longtemps ... On a continué jusqu'en 2007,
après quoi on a voulu s'émanciper des formats de type 6 minutes
(le format standard d'une participation à une compétition de
Turntablism -ndlr) qui demande énormément de temps. Disons qu'on s'est
dit : quitte à passer du temps à faire de la musique ensemble,
autant que ce soit aussi pour faire des concerts ou des choses qui ne
sont pas tout le temps astreintes à un format de championnat.
En plus c'est l'année où Fly a été
champion du monde que le groupe a commencé à vraiment faire parler
de lui et que les dates se sont multipliées. C'est aussi pour ça
qu'on a dû faire des choix, parce que nos agendas ont grossi
parallèlement les uns aux autres.
TFTC - J'aimerai insister sur une
particularité qui vous différencie d'autres formations du même
type, c'est moins une méthode de travail qu'une espèce de
technologie qui vous est propre. Parmi vous se trouve un genre de
chercheur qui développe des machines aussi dingues que géniales
dont vous vous servez ensuite pour composer vos morceaux : une
interface sonore sur la base d'un disque vinyle cassé, une table de
mixage dont les crossfaders jouent sur les fréquences plutôt que
sur les volumes ... lequel d'entre vous est l'atout technologique du
groupe ?
Geoffresh - C'est moi, c'est Geoffresh
...
Syr et Supa Jay éclatent de rire en
cœur après plusieurs secondes de silence - C'est lui ! C'est
Geoffresh ! On l'a reconnu !!
TFTC - C'est brillant ce travail là !
Tu as une formation technique au départ ou est-ce tout à
l'expérimentation ? Comment est-ce que te viennes les idées ?
Geoffresh - J'ai une petite formation
technique mais je dois plus à des essais en autodidacte. Je trouve
que ça complémente bien l'esprit live du groupe.
TFTC - Là on parle d'un degré
technique qui dépasse tout de même largement l'habileté qu'on peut
attendre d'un groupe de scratcheurs !
Geoffresh - Non, ce n'est pas comme ça
que je le vois. On utilise les techniques de Scratch mais avec de
nouveaux éléments.
Supa Jay - L'idée c'est de transposer
les techniques qu'on a pu acquérir en Scratch sur des instruments
dont les réponses ne sont pas conventionnelles ou en tout cas pas
celles qui sont attendues. C'est faire en sorte qu'avec les mêmes
mouvements, le son qui sorte ne soit pas seulement des allers et
retours de disques vinyle mais un jeu sur des synthétiseurs par
exemple. On garde la dextérité de l'instrument Scratch mais on la
transpose sur des machines qui ne sont pas trouvables dans le
commerce.
TFTC - A mon sens ça participe de la
force mélodique qui est la vôtre. Ces machines c'est quelque chose
qui vous est totalement exclusif, vous rendez-vous compte que ça
vous ouvre des possibilités auxquelles les autres artistes de
Scratch Music ne peuvent pas encore s'attaquer ?
Supa Jay - Le problème de la Scratch
Music c'est effectivement que c'est une niche et en tant qu'artiste
on est astreint aux évolutions technologiques des constructeurs sur
un matériel qui n'évoluera qu'en fonction du nombre de personnes
qui l'utilisent. Comme la Scratch Music intéresse encore un groupe
assez restreint de gens, les évolutions se font super lentement.
Regarde les MKII (modèle de platine de la marque Technics et
référence indétrônable pour un grand nombre de DJ's -ndlr),
c'est resté une référence pendant vingt ans mais sans presque
jamais évoluer. Il y a donc eu un moment où plutôt que d'attendre
qu'on nous propose un nouveau bouton ou une modification intéressante
sur le matériel qui existe, on a préféré essayer de créer des
instruments qui répondent à nos envies quant aux réactions que l'on
voulait obtenir dans notre utilisation des platines et de la table de
mixage.
TFTC - Est-ce que ça coûte ce type de
développement ?
Supa Jay - Ça coûte en temps.
C'est un laboratoire, tu ne tombes pas directement sur ce que tu
veux. Après il faut aussi voir les contraintes qui sont grandes
parce que c'est du matériel qu'on utilise sur scène, il faut que ce
soit fiable, que ça marche dans tous types de conditions, même quand
on joue en plein air à la montagne ...
TFTC - ... et que ça se véhicule
aussi, j'imagine.
Supa Jay - Voilà. Après je t'avoue
que nous ne prenons pas le train (rires) !!
Pour revenir sur la notion de temps,
disons que c'est tout un travail de défrichage. C'est pas le tout de
construire des instruments, il faut aussi apprendre à les utiliser
de manière pertinente. Le but c'est quand même de mettre ces
machines au service de la musique.
TFTC - Y a-t-il des artistes qui ont
manifestés un intérêt à l'idée de travailler eux aussi avec ce
type de prototypes ?
Supa Jay - D'une manière générale,
ça intéresse beaucoup les artistes avec lesquels on fait des
plateaux. Ça intrigue. Mais ce matériel que Geoffresh à construit
nous impose une logistique assez lourde et si lui n'est pas dans le
groupe dans lequel ce matériel est utilisé, ça devient très
compliqué.
Geoffresh - Ce n'est même pas
réalisable en fait. Derrière l'aspect purement mécanique il y a de
l'informatique ce qui impose un débuggage constant. Comme l'a dit
Jay les conditions extérieures jouent aussi ... Ce ne sont tout de
même que des prototypes, ce ne sont pas des machines prêtes à être
vendues dans le commerce.
TFTC - Pour finir là dessus, j'avais
eu vent de rumeurs selon lesquels de grand noms du Turntablism
s'étaient montrés curieux ou insistants à l'idée d'utiliser un
matériel similaire au vôtre, est-ce que vous confirmez ? J'ai
entendu le nom de Qbert revenir en particulier ...
Geoffresh - Non, c'est faux.
Supa Jay - Le truc c'est qu'on a jamais
eu la chance de faire un plateau avec Qbert. Ça a toujours intrigué
les artistes aux cotés desquels on a joué mais Qbert n'en fait pas
partie. On n'a donc jamais pu échanger avec lui sur ce sujet.
De Gauche à Droite : Syr, Supa Jay & Geoffresh
TFTC - Parlons de votre actualité à
présent et de cet album "31 Novembre" à sortir le 09
Avril 2012 soit deux ans après votre premier EP "En Petites
Coupures". Ce sont deux disques qui me semblent sonner très
différemment, est-ce que je me trompe si je dis qu'il n'y a pas
la même intention musicale derrière ?
Supa Jay - Effectivement. "En
Petites Coupures" sorti en 2010 était notre première sortie
officielle et physique. On voulait que ce soit comme une carte de
visite et qu'on y retrouve totalement notre identité. Il fallait
qu'un maximum d'éléments soient scratchés et que le disque soit
réalisable en live presque à l'identique de la façon dont il avait
été enregistré. On s'était fixé un cahier des charges très
lourd dont on s'est un peu libéré pour réaliser "31
Novembre".
Pour ce nouveau disque on s'est un peu
détacher des contraintes liées au fait de vouloir tout scratcher.
Comme en plus on est sur un format plus long, on a tenté plus de
choses et pris le temps de poser certaines ambiances. Une autre
différence entre les deux sorties c'est que les morceaux de "En
Petites Coupures" ont tous été joués en live avant d'être
enregistrés. On baignait dans une ambivalence entre la volonté de
développer des mélodies et le besoin d'énergie du live ce qui
donnait des morceaux plus longs et un peu mutants. Là on a voulu
faire un disque pour que ce soit un disque en se focalisant sur la
musicalité, quitte à devoir déstructurer nos morceaux pour les
versions live.
En dehors de ça le processus de
création est le même : on a enregistré de la matière et on
l'a retraité jusqu'à en être totalement satisfait.
TFTC - "31 Novembre"
propose moins de cuivres et plus de piano ou de violons, sonne moins
Electro, ou plutôt pas dans la même fibre Electro, plus downtempo, plus
Jazz aussi. J'ignore si c'était votre volonté en le réalisant mais
au fond est-ce que ce second opus n'est pas plus personnel que le
premier ?
Supa Jay - Il y a de ça, oui. Même
s'ils ne sont pas très nombreux, il y a d'autres groupes de Scratch
Music dans le monde. Pour nous ça ne suffit pas d'être identifié
par notre instrument. Dire que Scratch Bandits Crew c'est un groupe
avec plusieurs scratcheurs en même temps, ça ne signifie rien, de
la même manière que définir un groupe de rock par le fait
qu'il y ait un batteur, un bassiste et un guitariste.
Sur ce disque la démarche ça a été
d'utiliser les machines pour traiter des sons qui soient acoustiques,
pas seulement faire des sons de machines avec des machines quitte à
écarter un peu le coté électronique. Mais le plus important c'est
qu'on a essayé de voir jusqu'où on pouvait aller dans l'émotion et
les atmosphères. On voulait vraiment mettre la technique au service
d'une musique qui soit sensible.
TFTC - Une autre particularité de votre démarche c'est le fait de faire enregistrer tous les éléments que vous
utilisez, c'est-à-dire que vous ne passez pas par le sampling au
sens de la récupération sonore depuis des vinyles comme le veut
l'imagerie ou la tradition Hip Hop. Comment se passe le travail avec les
instrumentistes ?
Supa Jay - Avant tout il faut savoir
qu'on ne se rend en studio que pour finaliser et faire le mastering.
Tout le reste se fait à la maison. Après notre démarche n'est pas
du tout d'abolir le sampling mais de faire du sample à partir d'une
matière qui est la nôtre. Tous les musiciens dont tu parles ont été
enregistrés entre 2006 et 2012. Dès qu'on a la possibilité
d'enregistrer un instrument on le fait pour ensuite aller chercher
dans cette banque de sons comme on irait chercher dans un bac de
vinyles. Ça nous permet de garder ce coté samplé et bricolé qu'on
aime beaucoup puisque c'est dans la culture Hip Hop de faire de la
musique comme ça, mais de le faire avec notre propre matière et de
ne pas être limité par ce qu'on pourrait trouver sur des disques.
TFTC - Tu parles du travail autour des
atmosphères de "31 Novembre" et on peut en effet assez
facilement s'inventer des images sur votre musique : est-ce que
cet album n'est pas aussi le soundtrack d'un univers visuel que vous
développez avec les clips et les prestations live ? Réfléchir
à cet album n'était-il pas aussi réfléchir à un projet plus
global ?
Supa Jay - C'est notre manière en
effet de s'affranchir du coté très démonstratif du Scratch. Il ne
s'agit pas de faire des choses moins techniques mais d'essayer de
faire oublier aux gens cet aspect technique pour les faire entrer
dans quelque chose de plus onirique.
On essaye donc de suggérer un univers
visuel à travers la vidéo, la scénographie et un show lumière
très travaillé. L'idée c'est d'alterner entre les moments où le
focus est mis sur la performance et les moments où on aimerait que
le public pénètre dans un univers plus global.
TFTC - Qui sont les gens avec qui vous
travaillez ?
Supa Jay - Rémi Mallet gère les
lumières, Brusk un graffeur français s'occupe des visuels et
Icecream, un motion designer, est chargé de mettre ça en mouvement
et de faire les vidéo.
TFTC - Toujours à propos du live,
est-ce que vous avez des spécialités sur scène, un rôle à tenir
en particulier ? Qui fait quoi en gros ?
Supa Jay - Basiquement on ne s'organise
pas pour que l'un de nous gère la ligne de basse, un autre les voix
ou un troisième la batterie. Tout le monde fait un peu tout à tour
de rôle. Malgré tout nous avons chacun un équipement un peu
différent sur scène. Même si on a tous une platine vinyle et une
table de mixage, Geoffresh est entouré de tous ses prototypes qui
lui permettent d'aller dans des sonorités plus électroniques, Syr
qui est un excellent technicien a beaucoup de parties très scratchées
et moi j'ai un set up de samplers pour pouvoir envoyer pas mal
d'échantillons. Bien qu'on ait tous à peu près le même
instrument, ça nous permet d'avoir quand même de petites
spécialités et d'avoir chacun notre place.
TFTC - What's next ? La sortie de
l'album c'est forcément une grosse actualité et beaucoup de travail
mais est-ce qu'il y a des projets ou des envies encore en gestation
et qui pourraient voir le jour dans les mois qui viennent ?
Supa Jay - On a déjà énormément de
travail pour adapter notre album pour les concerts, sachant de toutes
façons qu'il y a des morceaux qui resteront exclusifs au disque de
la même manière qu'il y a des morceaux qui n’existent qu'en live.
Après sans dire que c'est une envie
qui va se concrétiser ou pas, c'est vrai qu'il y a certains morceaux
de "31 Novembre" qu'on aimerait bien jouer avec une
instrumentation plus riche, avec un ensemble de musiciens par
exemple, mais en prenant le temps de faire quelque chose de pertinent,
pas trois répétitions avec des gens qui se greffent sur des titres
pré-existants. C'est quelque chose qu'on aimerait bien faire et ce
disque se prêterait bien à la rencontre de la Scratch Music et de
musiciens disons plus traditionnels.
TFTC - Ça confirme un peu la sensation
que j'ai : vous semblez avoir envie de dépasser la trop grande
technicité que l'on prête parfois à la Scratch Music et au monde
du Turntablism de manière générale, à la poursuite d'une
dimension plus mélodique, vers une plus grande
musicalité. Est-ce que je me trompe ?
Supa Jay - Ça n'est pas que ça. Se
retrouver sur scène pour proposer de la Scratch Music c'est être
assimilé à toute l'imagerie du DJ. Le public fait parfois mal la
différence entre les scratcheurs et les DJ's et avec plusieurs DJ's
sur scène, il réclame un show tout en énergie. Nous avons envie de
tirer un peu dans l'autre sens en rappellant que le Scratch est un
instrument et que c'est important d'avoir l'attention des gens.
Ce qu'on fait est souvent associé à
la musique électronique et à l'idée de faire danser les gens et
c'est parfois un peu frustrant. En fait c'est même un contre sens
parce que le Scratch est un outil pour déstructurer le son, c'est un
instrument de solo. Il faut trouver un équilibre entre la technicité
des championnats et la musique de soirées Electro, proposer des
parties intéressantes à la fois techniquement et musicalement et
être suffisamment digeste pour se produire dans des salles de
concerts.
Syr - On se tient quand même toujours
au courant. Personnellement j'ai regardé les derniers championnats
DMC. C'est pas quelque chose que l'on renie ou rejette. C'est juste
qu'on s'est positionné sur quelque chose d'un peu différent.
Supa Jay - Il faut dire aussi que tous
les trois, on a toujours travaillé avec d'autres groupes séparément
et le fait de n'avoir plus qu'un seul projet nous donne sans doute
envie de tendre vers des featurings avec des instrumentistes.
TFTC - Vous intéressez-vous à des
projets qui partagent un peu cette vision de l'utilisation de
l'instrument Scratch ? Je pense à Matmon Jazz par exemple, le
projet de DJ Ordoeuvre ...
Supa Jay - Oui, on a joué avec lui.
C'est excellent ! Ce que je dis là ça ce n'est pas à prendre
dans le sens où on serait les seuls à faire ce qu'on fait. Nous
comme d'autres essayons de tirer les choses dans ce sens là. C'est
ce qui va pérenniser le Scratch : il faut arriver à ce que les
gens impriment ces sonorités et s'intéressent à ces codes là pour
qu'on puisse continuer à en faire dans les concerts et que ce soit
le centre de notre création musicale. Il y a un tendance à
édulcorer les choses qui inquiète forcément, la Scratch Music est
une musique particulière et c'est vraiment important qu'elle garde
cette particularité.
L'instrument Scratch n'a évolué qu'à
travers les compétitions, chaque année c'était le rendez-vous pour
voir les nouvelles techniques. Maintenant quand tu as développé des
aptitudes et des techniques pour faire de la musique et bien ... faut en
faire (rires) ! Même si c'est maladroit. On n'a pas composé nos morceaux du
jour au lendemain et au début on a fait des choses plutôt
maladroites mais l'envie de faire de la musique à plusieurs nous a
mené là où on en est aujourd'hui.
Mais c'est vrai pour tous les
instruments, c'est juste que le Scratch est un instrument qui est
jeune et qui jusque là s’apprenait plutôt de manière
autodidacte. Tu verras qu'un jour on l'étudiera dans les écoles de
musique dans les cursus de musiques actuelles ... Le Rock ne
s'apprenait pas au départ, on en jouait dans les caves, aujourd'hui
on l'enseigne au Conservatoire.
L'album "31 Novembre" sera disponible dès le 09 Avril 2012 ...
Merci à Supa Jay, Syr & Geoffresh pour leur temps, leur sourire et leur talent ...
Interview by Reverend D, by phone, March 28th 2012.