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mardi 4 juin 2013

#164 - Cuts of Culture & Mr. Thing

A l'approche de la déjà fin de saison, Tales From The Crate dégainait de la cartouche (très) haut de gamme cette semaine puisqu'on vous donnait rendez-vous dans les sous-sols avec une petite tranche d'histoire turntabliste, la bien nommée compilation "Cuts of Culture" sortie en Novembre 2005 sur le label Eclectic Breaks (structure liée à la société qui développa le Pro-X-Fade, peut-être le plus célèbre crossfader de notre univers platinesque) et doublement parrainée par l'excellent DJ 2Tall et Turntable Radio.
Référence indispensable de votre discothèque, ce "Cuts of Culture" est un instantané du paysage tabliste de son époque et un résumé de la longue liste d'invités de 2Tall sur Turntable Radio. Inutile de vous dire qu'elle vous vendra du rêve : A-Trak, C2C, Grazzhoppa, D-Styles, Daredevil, 2Tall, Damented, Lamont et j'en passe ...
Sans transition aucune, nous plongions ensuite dans de vieux mixs signés Mr. Thing des Scratch Perverts, l'un réalisé pour l'émission de John Peel sur la BBC et datant de 1997, l'autre célébrant en 2004 l'anniversaire d'un illustre équipementier sportif à trois bandes.



A few weeks only before the end of our fourth season, we dropped a legendary cartridge, a part of the turntablist history called "Cuts of Culture" and released in November 2005 on Eclectic Breaks (linked to the society which gave us the Pro-X-Fade crossfader), a project sponsored by both DJ 2Tall and Turntable Radio.
Absolute must have in your collection, this "Cuts of Culture" is a landscape of turntablism from the first half of the 2000 decade and a summary of the biggest guests came in the 2Tall's show on Turntable Radio. So many men so little time ! Have a look : A-Trak, C2C, Grazzhoppa, D-Styles, Daredevil, 2Tall, Damented, Lamont and many more ...
Without transition, we dove into two old mixes by Mr. Thing (from the Scratch Perverts) that I listenned a lot these days : one for the John Peel's BBC show from 1997 and the other to celebrate in 2004 the birthday of a famous sportwear brand (with a three lines logo).

mercredi 1 mai 2013

#160 - DJ Grazzhoppa's Big Band 10th Anniversary

Une émission entièrement consacrée au DJ Grazzhoppa's DJ Big Band histoire de célébrer le dixième anniversaire du plus recommandable collectif de DJ's belges !! Nous prenions alors le temps de vous présenter le crew (pour peu que ce soit encore nécessaire) avec leur bien nommé "10 Yearz Anniversary mix" aux commandes duquel on trouve Boula One, Courtasock, Yzerbeat, Mix Monster Menno, J To The C et Optimus. Pour la suite, on jetait une oreille attentive à l'album "Back 2 Scratch", dernière pépite du collectif sortie en Février 2013.




A 100% DJ Grazzhoppa's DJ Big Band to celebrate the 10th anniversary of the most recommendable belgian DJ crew !! We took time to introduce you this project (in case you need it) with their "10 Yearz Anniversary mix" featuring Boula One, Courtasock, Yzerbeat, Mix Monster Menno, J To The C and Optimus. Then we get an earful of the brand new "Back 2 Scratch" album, released in February 2013.

lundi 18 février 2013

#150 - A certain kind of anniversary : DJ Melo-D & Rob Swift

Tales From The Crate 150ème du nom !! 300 heures de programmes, les interviews de DJ's parmi les meilleurs du monde, des mixtapes de légende et des exclusivités plus souvent qu'à notre tour ... cette semaine aurait donc dû être celle des l'auto-satisfaction et des tapes dans le dos. Mais ce n'est pas le genre de la maison ! Nous préférions donc insister sur le symbole numéraire à grands renforts de chefs d’œuvre turntablistes : d'abord les "Classic Sounds" de DJ Melo-D (original world famous Beat Junkies) et le génial "War Games", septième album du maître X-Ecutioners en personne, Rob Swift ... après cela serez-vous prêts pour nous suivre jusqu'à la 200ème émission ?



150th Tales From The Crate !! 300 hours of broadcasting, interviews of some of the best DJ's around the world, exclusive or classic mixtapes, report from international events ... it should be time for self congrats in the undergroud this week I guess. But it's not our kind ! We prefered to enjoy it with two tablist masterpieces, bringing you the "Classic Sounds" by DJ Melo-D (original world famous Beat Junkies) and the legendary Rob Swift's "War Games", the amazing seventh album by the master X-Ecutioners ... are you ready to go to the 200th show !?

dimanche 9 décembre 2012

#140 - The amazing "Frenzy" EP by 33 Funk & DJ Roli Roh


Cette semaine, Tales From The Crate ouvrait les portes de sa crypte sur une avant première, celle de la dernière pépite Scratch Music signée du collectif allemand 33 Funk, dont nous avions déjà parlé à l'occasion de la sortie de leur déjà excellent "Sinister Robot Enigma". Profond, mature, bref passionnant, ce "Frenzy EP" est disponible ICI depuis le 10 Décembre et constitue une écoute indispensable à tout prétendant à la composition turntabliste.
Après les émotions musclées du maxi germanique, on se remettait avec le Hip Hop de DJ Roli Rho du crew 5th Platoon, pointure ricaine historique dont on s'offrait le classique "Smart Bomb" ...


This week, Tales From The Crate openned his doors with a "grand première" with the preview of the last Scratch Music bomb from the german crew 33 Funk (remember that we already spoke about one year ago with their really good "Sinister Robot Enigma"). Deep, mature, enthralling, this "Frenzy EP" is available HERE from december 10th and should be a good stop for who wants to explore music made with turntables.
Our next stop was USA with DJ Roli Rho from the 5th Platoon crew, and his "Smart Bomb" mix, a real classic Hip Hop set that you have to listen once at least ...

vendredi 19 octobre 2012

Kid Koala's interview (Tales From The Crate #133)


De passage à Bruxelles, le plus célèbre marsupial de l'univers turntabliste nous a offert quelques trop courtes minutes avant de monter sur la scène de sa tournée "12 Bit Blues". Tales From The Crate ne pouvait que sauter sur pareille occasion d'approcher le maître Koala ...


(see below for the english version)

Tales From The Crate - J'ai une sorte de tradition quand je rencontre un artiste pour la première fois : raconte-moi donc tes débuts ..

Kid Koala - J'ai commencé sous la forme d'un embryon, très, très petit. Mes cellules se multipliaient et grossissaient. J'ai alors découvert mon ADN et pendant huit ou neuf mois je me suis senti grandir ... et à un moment j'ai commencé à sérieusement m'ennuyer (on éclate de rire tous les deux) !

TFTC - Ok. On pourrait peut-être se permettre un saut dans le temps, disons d'une dizaine d'années (rires), histoire de parler de tes racines musicales plutôt ...

Kid Koala - Oui, je crois que c'est une bonne idée. Mon expérience musicale a débuté avec le piano classique. Mes parents tenaient à ce que j'étudie la musique parce qu'ils avaient entendu que c'était bon pour le développement du cerveau et que ça pouvait aider en maths, à l'école et pour tout un tas d'autres raisons. Il faut dire que mes parents ne sont pas forcément des gens baignés dans la musique : mon père est généticien et ma mère est comptable. La musique ne coule pas dans leurs veines (rires) mais ils voulaient que leurs enfants l'apprennent. J'ai commencé à jouer du piano à quatre ans, jusqu'à mes douze ans environ. C'est à cet âge-là que j'ai découvert les platines vinyle et ça a été une énorme révélation pour moi parce que la scène scratch n'avait rien à voir avec celle du piano classique. C'était vraiment captivant.
La première fois que j'ai entendu du scratch, c'était dans un magasin de disques. Les haut-parleurs diffusaient un mix et je ne savais pas de quoi il s'agissait mais, je pense que c'est parce que je savais jouer d'un instrument, je pouvais sentir une présence humaine derrière ce que j'entendais. J'ignorais comment créer ce son mais, quelque part, j'étais sûr que quelqu'un avait appris à prendre une phrase, à en changer la vitesse, le ton, à la retourner ou à dire quelque chose de nouveau avec. C'était terriblement excitant à écouter. Je ne savais même pas quel matériel était nécessaire - enregistreur cassette, disques ou n'importe quoi d'autre - ça m'était complètement étranger mais à la seconde où j'ai entendu ça, j'ai su que je voulais apprendre à faire pareil.

TFTC - Tu viens de sortir ton nouvel album, ''12 Bit Blues'', et j'aimerais m'intéresser au show que tu proposes pour cette tournée. Ce n'est pas seulement un concert, c'est un spectacle complet avec des platines bien sûr mais aussi avec des claviers, des samplers, des danseuses et même des marionnettes ! Sur scène, est-ce important pour toi d'être plus qu'un DJ derrière des platines et comment réfléchis-tu aux univers que tu imagines autour de tes performances musicales ?


Kid Koala
- A proprement parler, je ne viens pas des raves ou de la culture club et aucun de mes disques n'a jamais été porté par une tournée visant à enflammer le dancefloor. Mon public, qui a grossi d'années en années, n'a rien d'une foule droguée avide de tempos rapides et répétitifs ou de lumières stroboscopiques. Il s'agit plutôt d'un public exigeant sur ce que doit être un concert. Les gens sont habitués à me voir dans des contextes différents : avec un groupe, en tant que DJ, etc. C'est l'aspect humain la dimension qui m'intéresse, l'énergie des gens inspirés par l'artiste ou même l’énergie propre à la salle. Pour moi, il ne s'agit pas d’assommer les gens avec de la technologie ou de provoquer des réactions du genre ''Waouh, je ne comprends rien à ce qui se passe''. Il s'agit de communiquer. Même dans les plus gros concerts Rock, les meilleurs moments c'est quand ça devient intime et que tu peux sentir les émotions de quelqu'un en train de chanter avec son instrument et connaître ainsi un genre de connexion. J'essaye de faire en sorte d'arriver à ça avec des platines. Il y a de toute façon une distance à partir du moment où tu te retrouves face à toutes ces étranges machines, tu sais qu'au moins 80% de la salle n'a aucune idée de ce qu'elles font. Les 20% qui savent vont suivre ce qu'il se passe mais ça fait quand même un gros pourcentage de pertes ... à moins qu'ils soient tous drogués (rires) ! Dans ce cas ce n'est pas important parce que tout ce dont ils ont besoin c'est danser et s'échanger leurs numéros de téléphone. Pour moi, le live se rapproche plus du fait d'aller voir un film, une pièce de théâtre ou si tu vas voir quelqu'un comme Tom Waits sur scène. Il y a toujours beaucoup de dynamiques dans ses spectacles, beaucoup de narration et de personnalité. La performance musicale est grandiose évidemment mais au delà de ça, c'est une expérience totale qu'on te propose. En tant que DJ, même quand je me contente de passer des disques, j'essaye de raconter une histoire dans le temps qui m'est imparti. Du coup quand je travaille sur un album ou un livre, quand j'ai l'opportunité de produire quelque chose d'important supporté par un spectacle, j'ai toujours énormément de plaisir à imaginer ce qu'on pourrait mettre sur scène pour créer cette sorte d'énergie dont je parlais et rendre le show surprenant. Tu sais : je veux juste voir des gens sourire (rires) !

Comme tu le sais déjà, dans ''12 Bit Blues'', il y a beaucoup de morceaux assez lents. Pour la tournée ''Space Cadet'', tous les spectateurs portaient des casques et étaient assis, il nous était donc possible de faire un concert détendu à un tempo très bas. Mais là on est dans une salle de spectacle où les gens sont debout alors comment maintenir leur énergie et leur attention même si la musique est lente ? Voilà pourquoi on a apporté des éléments comme les marionnettes, les danseuses et tous ces trucs. Tu verras que ça aide bien à illustrer l'histoire que je raconte et les émotions de la musique ... et c'est assez drôle aussi !


TFTC - Comment est-ce que ce processus fonctionne pour toi ? Est-ce que la musique vient d'abord ou est-ce que tu réfléchis à la musique et à la performance live en même temps ?

Kid Koala - J'ai toujours en tête que la tournée fait partie de l'équation mais ce n'est pas ça qui alimente le contenu du disque. Quand je suis en studio, je n'essaye pas d'imaginer qu'il y a un public pour ce sur quoi je travaille. Je fais mon truc, c'est tout, je fais des expériences avec des disques. Parfois je veux juste créer un album à écouter au casque quand tu es seul et triste ! Pour ''Space Cadet'', nous avons recherché dès le début ce sentiment d'être isolé mais comment faire ça sans être obligé de jouer pour une seule personne encore et encore pendant des années (rires) ? Il fallait trouver un moyen de faire un spectacle où tout le monde se sente seul tout en étant entouré de gens ... Cette question du live survient toujours alors que j'ai presque terminé le projet. Ça a été pareil pour ''12 Bit Blues''. J'en étais au mixage et au mastering de l'album quand j'ai commencé à me demander comment porter ça sur scène. J'avais déjà essayé plein de trucs avec des SP, des scratchs et tout un tas d'autres trucs de live. Bon, il reste toujours l'option d'embarquer 18 DJ's et 40 platines mais ça crée une logistique impossible ... et je ne crois pas que j'ai dans mes connaissances 18 DJ's prêts à partir en tournée tous ensemble (rires) !
Donc tu cherches un moyen de présenter la musique en respectant les sentiments que tu veux créer chez ton auditeur. Ce que j'aime avec la platine c'est qu'elle reste dangereuse pour moi. Ton show tient toujours en équilibre sur ces trois, quatre ou six aiguilles qui dansent sur le vinyle. Rien à voir avec ces spectacles où les ordinateurs contrôlent tout et où il ne te reste qu'à danser autour, pour moi il y a toujours des erreurs à récupérer, il faut retrouver tes points de repères, penser à ce qui est en marche ou pas à chaque instant, et j'adore l'énergie que ça crée. J'essaye toujours de faire que mes spectacles soient un peu risqués pour le performer. Sans aller jusqu'à faire le funambule, j'aime savoir que tout peut s'effondrer sur une erreur et si le public le ressens aussi, ça rend les choses plus excitantes.

TFTC - Ton travail est également dangereux pour les gens qui essayent le commercialiser ! C'est toujours original et inattendu, ce doit être un casse-tête pour Ninja Tune qui a sorti toutes tes productions, est-ce que tu te sens particulièrement chanceux de ne pouvoir faire que ce que tu veux ? Et te rends-tu compte que cette liberté est assez unique aujourd'hui pour un artiste ?

Kid Koala - Absolument. Les gens qui gravitent autour de mon travail ou qui le soutiennent sont une bénédiction, cette équipe que nous avons construit avec les années : écrivains, animateurs, metteurs en scène, chorégraphes ... Quant à la place du label dans tout ça, ça a toujours été un honneur pour moi d'avoir été invité sur Ninja Tune parce que Coldcut, qui a créé le label, est l'auteur de disques qui m'ont influencés dès 1988 ou 1989, et qui m'ont poussés à suivre la voie que tu connais aujourd'hui. Les disques que ces gars ont fait m'ont même aidés à monter sur scène. J'utilisais leurs disques en battle, par exemple le EP ''Beats + Pieces'' que je connais absolument par cœur, je n'ai même plus besoin de mes repères dessus, je peux juste le parcourir de tête ! Mais je vois où tu veux en venir. Certains de mes amis ont signé sur des gros labels, des majors, des indépendants, toutes sortes de structures, et ils vivent clairement une expérience différente de la mienne ! Je sais que j'ai de la chance. Je réalise ce que ça représente.

Je n'ai jamais le début d'un hit radio. Ça ne m'intéresse pas. Le fait de faire ou non un morceau qui va détruire le dancefloor n'a aucune importance à mes yeux. Ce n'est pas ma culture. Moi, je viens des films de Woody Allen et du piano classique. A cause de ça, même si Ninja Tune a d'abord été un label orienté vers les pistes de danse, ils m'ont mis le pied à l'étrier et m'ont laissé faire cette étrange mixture turntabliste et tous ces trucs de geek avec mes platines, mes bandes-dessinées et toutes mes histoires à raconter sur scène. Ils m'ont soutenu à chaque étape. Donc bien sûr que je me sens chanceux, d'abord de les avoir derrière moi, ensuite d'avoir su trouver un public pour mon travail. Ces gens qui viennent me voire doivent être des genre de jedis (rires) ! Ou alors il veulent juste voir quelque chose d'inédit se produire. Je ne dis pas que c'est un un public immense, je n'ai jamais voulu ça, ça n'aurait aucun sens. Je chéris ce sentiment d'intimité que tu ressens même pendant un concert, c'est primordial pour moi. Et je suis parfois difficile à supporter ! Comme avec le dernier album et la platine en carton à monter pour les enfants, ça doit être extrêmement cher à produire ! Ils me disaient : Tu sais combien ça va nous coûter ? Mais OK, si tu es sûr de ton coup, nous allons essayer ... Je sais que j'ai une chance énorme.

TFTC - Il faudrait voir à ne pas tomber dans l'excès de modestie, tu fais comme si tu ignorais que des DJ's jouent tes morceaux dans des endroits où on danse ... et que ça fonctionne !

Kid Koala - Non ! Je n'ai jamais entendu ça (rires) !! La seule personne que j'ai entendu jouer un de mes morceaux c'est Amon Tobin. On était en tournée et il a joué ''A Night At The Nufonia''. Quand il a commencé, on voyait que les gens étaient totalement perdus mais il a ensuite rajouté des éléments de Drum'n'Bass dedans et là la foule s'est emballé, c'était du délire. C'est un fan et un ami proche, quand mon morceau a commencé, je me suis demandé pourquoi il se sabotait ainsi mais c'était drôle, nous partageons le même le même sens de l'humour.
Mais en dehors de ça, je n'ai jamais été dans un club Hip Hop dans lequel le DJ ignorait que j'étais là et où j'ai entendu un de mes morceaux et je ne crois pas que ça arrivera. Peut-être avec d'autres projets auxquels je participe comme Handsome Boy Modeling School ou Deltron 3030 mais c'est ce que tu entendras de plus proche de mon travail en clubs, ces projets étant plus efficaces dans ce genre d'endroits.


TFTC - La bande-dessinée et les arts graphiques sont à la fois une de tes influences et un domaine dans lequel tu évolues (Kid Koala à réalisé deux œuvres à la fois romans graphiques et albums CD : ''Nufonia Must Fall'' en 2003 et ''Space Cadet'' en 2011 -ndlr). As-tu suivi des études d'art ? D'où vient cette passion et y a-t-il des artistes que tu suis et apprécies particulièrement ?

Kid Koala - C'est une question intéressante parce que bien que je savais qu'il existait une scène de comic books et des romans graphiques quelque part, je ne m'y suis vraiment intéressé qu'après avoir moi-même travaillé sur des livres. Quand j'étais enfant, je distribuais des journaux avant l'école, c'est comme ça que je me faisais de l'argent de poche. Ce n'était pas grand chose, juste de quoi m'acheter un ou deux disques par semaine. Je n'avais assez d'argent que pour un vice et il m'était impossible d'être à la fois dans la musique et les comics (rires) ! J'ai dépensé tout mon argent dans les disques. Mais pour certains de mes premiers disques, la pochette à elle seule était une expérience, une histoire, une chance de faire la blague juste ou de proposer des créations visuelles de folie qui m'ont beaucoup inspiré. C'est comme une expérience à travers les dimensions pour échapper à la réalité : tu ouvres le disques, tu l'écoutes tout en te plongeant dans la pochette et là c'est un tout autre monde qui s'offre à toi. Voilà plutôt ce qui m'a donné envie de plonger dans les visuels, les petites bandes-dessinées et toutes ces choses qui m'ont permis de développer mon goût pour la narration, même si de ce coté-là je pense être plus influencé par le cinéma que par des auteurs de BD. De toute façon je ne crois pas avoir un niveau suffisant pour être un vrai auteur (rires) ! Mais je progresse à chaque livre auquel je m’attelle. Il faut plutôt le voir comme le prolongement des choses que j'adore : le Muppet Show, les films des frères Cohen, Jean-Pierre Jeunet ... Je regarde ces créations et ça me donne l'énergie et la motivation pour raconter des histoires avec autant d'émotions et de passion que ce qu'arrivent à réaliser ces gens-là. Je serais sans doute plus compétent pour te parler de réalisateurs de films que d'auteurs de comics mais depuis mon premier livre, j'ai été invité dans des conventions de BD ou des Comic Con' (Comic Convention -ndlr) où j'ai rencontré pas mal de gens jusqu'à avoir quelques amis aujourd'hui dans ce milieu : Brian O'Malley, l'auteur de ''Scott Pilgrim'', Jhonen Vasquez qui a créé ''Johnny The Homicidal Maniac'', j'aime beaucoup Chris Ware évidemment (dessinateur pour le New Yorker, entre autres -ndlr), Mœbius ... il y a trop de noms à citer (rires) !

Mes propres travaux graphiques - comme ''Space Cadet'' ou celui avec le moustique sur lequel je travaille actuellement - me donnent l'impression d'être réalisés comme les dessins animés sur les coins des pages d'un cahier ou comme un film muet accompagné d'une bande son. Je suis un grand fan de compositeurs de musiques de films comme Bernstein ou Ennio Morricone, c'est une musique qui me touche profondément. Et comme personne ne m'a jamais demandé d'en faire, je me suis dit que j'allais réalisé ma propre histoire pour pouvoir composer la musique qui va avec ! Je crois que quand tu veux que des portes s'ouvrent, parfois, il faut simplement aller les ouvrir toi-même, si tu vois ce que je veux dire.


TFTC - Composer pour des histoire qui ne sont pas les tiennes, c'est quelque chose qui t'intéresserait ? C'est le moment de le dire, je suis sûr que ça pourrait éveiller l'intérêt de beaucoup de gens (rires) !

Kid Koala - Les gens commencent à me demander de le faire ... tu sais j'ai commencé avec Ninja Tune en 1996 et pendant 5 ou 6 ans, je n'ai été considéré que comme un performer pour les clubs. Je n'avais encore rien enregistré et quand ça a été le cas, les gens ont pensé que mon univers narratif tenait de la comédie. Mais le public est plus malins que ça et il est évident que ''Nufonia Must Fall'' et ''Space Cadet'' sont de vraies histoires avec beaucoup de personnalité. C'est quand j'ai commencé à travailler sur ces projets qu'on a commencé à me considérer comme un compositeur autant au piano que derrière les platines, capable de raconter et de créer l'émotion sans recourir à des artifices comme l'utilisation de voix par exemple. Et quand on a travaillé sur ''The Slew'' (un projet aux influences Rock avec Dynomite D et deux des membres du groupe Wolfmother -ndlr), nous avons reçu des coups de téléphone de la part de projets comme ''Sons of Anarchy'', la série TV, tu sais les gros durs sur des motos (rires) nous demandant si nous voulions réaliser des morceaux pour eux.
C'est ce que j'aime avec les platines vinyle, il y a un champ des possibles presque sans limite, elles sont nées pour être des caméléons. Il n'est question que de comment tu te sens et de comment tu veux jouer. Là d'où je viens, en hiver, les gens sont plutôt tristes, c'est un endroit vraiment déprimant ! Du coup tu scratches différemment. Tu ne veux rien de rapide. Le genre de disque sur lequel tu t'entraînes c'est plutôt du genre Boards of Canada, tu essayes de saisir tes sentiments et de les retranscrire. Et puis quand arrive l'été il te faut des beats massifs, vas-y (rires) ! Mon environnement affecte ma musique, la météo, ce genre de choses ...

TFTC - Pour terminer cette interview (Je n'ai pas eu le temps que j'aurais souhaité -ndlr), j'aimerais avoir ta version sur deux points qui tiennent presque aujourd'hui de la légende urbaine. Tout d'abord : il se dit que tu doit porter un costume de koala sur scène pour quelque chose comme 300 concerts à cause d'un pari perdu, est-ce vraiment le cas ?

Kid Koala - Oui sauf qu'il ne s'agit pas de 300 concerts, ce serait trop long ... quasiment le reste de ma carrière (rires) ! Il s'agit de 100 spectacles. J'ai effectivement perdu un pari concernant ma capacité à sauter à la corde pendant huit minutes sans faire d'erreur. Ne faites jamais ce genre de pari, c'est impossible ! Peu importe que vous soyez entraîné. Moi-même je saute à la corde pendant mes cours de gym avec un entraîneur de boxe, bien que je ne boxe pas mais il me fait faire ça. Donc sur ce coup j'étais sûr de moi, du genre : ''Bien sûr, huit minutes, je peux faire ça'' et l'instant d'après, je devais porter ce costume de koala pendant 100 concerts (rires) ...

TFTC - Le second point concerne l'avenir de Deltron 3030 (un projet musical avec Dan The Automator et Del The Funky Homosapiens -ndlr) auquel tu participes. Voilà trois ans que j'entends parler - et donc que j'attends - un deuxième album. Peut-on encore espérer quelque chose de ce coté-là ? Est-ce que quelque chose se prépare ?

Kid Koala - Absolument. Si tu vas sur Youtube, tu trouveras quasiment la totalité de cet album joué live pendant l'été 2012. L'enregistrement est terminé, nous l'avons masterisé il y a un mois et demi. C'est notre moment ! Nous avons beaucoup travaillé dessus depuis des années, et cet été il nous a été proposé de le faire tourner sur scène. On a fait sept concerts, Dan, Del et moi. Nous avions clavier, batterie, guitare et un orchestre de vingt instruments avec une section de cuivres. Il y a beaucoup d'arrangements orchestraux dans ce nouvel album et quand il a fallu réfléchir à comment porter ça sur scène, la meilleure idée a finalement été d'embarquer un orchestre avec nous. Et c'est très cool (rires) !! Donc si tu fais une recherche sur Deltron 3030 sur Youtube, tu trouveras les nouvelles chansons jouées en live.
Il nous a fallu changer trois fois de distributeur, ça ne marchait pas comme nous voulions mais passons ... maintenant c'est réglé avec EMI. Au départ nous visions une sortie pour le mois de Novembre mais je suppose que c'est déjà trop tard et ils veulent plutôt le sortir au printemps prochain. Mais le disque est terminé donc les gens ne devraient pas avoir à attendre beaucoup plus longtemps. Et nous en sommes plutôt fiers !




Tales From The Crate - There is a kind of tradition in Tales From The Crate each time that I meet someone for the very first time : I want you to tell me about your early begining ...

Kid Koala - Well, I started as an embryo, very, very small. My cells kept dividing. I discovered my DNA and during eight or nine months I felt myself growing ... and at one point I just got bored (we're both laughing out loud) !!

TFTC - Ok. Maybe we could make a kind of jump across time to be back fifteen years later (laughs) and talk about your musical background ...

Kid Koala - Yes, I think that's a good idea. My musical experience begun with classical piano. My parents really wanted me to study music because they heard it would be good for your brain and help you in maths, in school and all kinds of other reasons. I have to say that my parents aren't necessarely musical people : my father is a scientist in genetics and my mother is an accountant. There is not a musical bone in their body (laughs) but they wanted their kids to have some musical studies. So I started taking lessons when I was four and kept playing piano all the way through to I was twelve. That's when I discovered turntables and it was a big revelation for me because the scracth scene was so different from classical piano. It was very captivating.
The first time I heard scratching it was in a records store. It was playing on a mix over the speakers ant I didn't even know what it was but, because I played piano I think, I was able to feel the human presence behind it. I didn't know how the sound was being made but I knew that somewhere, somebody learnt how to take a sentence and chop it up and changed the rhythm and swing it and make it say something new. It was very exciting to hear it. I even didn't know what they used - tape recorder, records or whatever - it was just completely foreign to me but the second I heard it I knew that I wanted to learn how to do that.


TFTC - You just released your new album called ''12 Bit Blues'' and I would like to talk about the show you're offering on tour. It's not only a concert, it's a complete live show with turntables of course but also with keyboards, samplers, dancers and even puppets ! Is it important for you on stage to be more than a DJ behind his decks and how did you think to all these universes you imagined around the live musical performance ?

Kid Koala
- Strictly speaking I didn't come from the clubber rave culture and none of my records have ever been touring burning a dancefloor at all. So the audience that has growned over the years on touring is not a crowd that is on drugs and just tripping, needing really repetitive high tempos and crazy lights or anything. They're actually more the kind of stricter audience for me in terms of their expectations of what a show is. People used to see me in several contexts and the part that always moves me is that human element, the energy, inspired by the charisma of the performer but also the energy in the room. To me it's not necessarely about soaring over people's heads with technology or being like ''Wow, I don't even understand what's going on''. It's about communicating. Even in the biggest Rock concerts that I gone to, some of the most captivating moments were when a band stripped down, when you can feel someone singing with his instrument or something and know a real connection there. I try to make that happen with the turntables. There's already a kind of distance the second you have all this weird technology in front of you. Be sure that at least 80% of the audience doesn't know what any of it does. The 20% that knows will follow but that's a big pourcentage ... unless they're all on drugs (laughs) ! In this case it doesn't matter because they just need to dance and get each other phone number ! For me a live show is more like if you go to see a film, a theatrical play or if you go to see someone like Tom Waits. There is always a lot of dynamics in his shows, a lot of storytelling and a lot of personality. Musical performance is obviously amazing but overall it's like a full arc of an experience.
With deejaying, even if it's just me playing records, I try to tell a story within an amount of time that I have. So when I work on an album or a book, when I have an opportunity to create a bigger production supported by a show, I always have a lot of fun thinking to what we could bring into it that will help to put this sort of energy I talked about before and make the show surprising. I just want to see smiles
(laughs) !


As you know in ''12 Bit Blues'' there are a lot of pretty slow tunes. When we did the tour for ''Space Cadet'', everybody was wearing headphones and was sitting down so it was possible to do a really relax slow tempo show. But here is a concert hall where people is standing so how could we keep the energy and the attention going even if the music is slow ? That's why we brought elements like puppets, dancing girls and things like that. You'll see that it use to help to illustrate the narrative and the sentiment in the music ... and it's pretty fun too !


TFTC - How does it work for you, I mean is the music coming first or are you thinking to music and live performance at the same time ?

Kid Koala - I always know that touring is a part of the equation but it doesn't fuel the recording process. When I'm in the studio, I don't pretend there is an audience of people there. I'm just doing my thing, experimenting with records. Sometimes I just want to make a headphone record that people can listen to when they're very lonely ad sad ! For ''Space Cadet'', we early wanted that isolated feeling but how could we do this as a live show without me playing to one person over and over again for years (laughs) ? It was like : Ok, let's do a show where everyone feels isolated but they're together ... That question usually comes up when I almost finished the project. It was the same for ''12 Bit Blues''. I was in the mixing and mastering stage of the album when I started to ask me how we could pull these songs live ? I already tried a lot of stuffs with SP, scratchs and other things live. There's always an option like bringing 18 DJ's on stage and 40 turntables but the logistic for that is crazy ... and I don't think I know 18 DJ's who want to be on tour together (laughs) !
So you try to find a way to present the music as close as possible to the feelings you want to give. What I like is that turntables I'm on are still dangerous to me. Your show is still balancing on these three, four or six tiny needles dancing on records. It's not like this kind of show where computers are running everything and you're just dancing around, for me there always are things to recover, you have to re-cue, you have to think to what is on and what is not, and I like that energy about it. So I try to always keep my shows quiet dangerous for the performer. I don't mean like tightrope walking or anything like that but there is this energy that could fall apart and I think when the audience feels that, it's making things more exciting.

TFTC - Your work is also dangerous for people who tries to sell it ! It's always original, often unexpected, what a headache for a label !! You released almost all your works on Ninja Tune, are you feeling lucky to be able to do just what you wanna do ? Are you aware that kind of freedom is quiet unique for an artist today ?

Kid Koala - Definitely. I think I have been very blessed with the people who gravitates toward my work or decided to support it, with the team that we built : writters, animators, set designers, choregraphers ... As far as the label is concerned, it was an honour to be invited to record for Ninja Tune because Coldcut, who started the label, did some of the records which influenced me, back in 1988 or 1989, and made me doing the kind of music I still do today. The records they were doing even helped me to go on stage. I used to battle with those records, like their ''Beats + Pieces'' 12 inches, I know every drop on that record, I don't even need to label it ! But I totally got your point. I have friends who signed with major labels or independant ones and they have a completely different experience than I have ! So I'm very lucky and I do realize that.
I don't have an inkling of a radio hit. I'm not interested. I don't really care about making dancefloor destroying track or anything like that. It's not where I'm from, I come from the watching of Woody Allen's movies and playing classical piano. Because of that, even if Ninja Tune was primarily a dancefloor label, they put me on and let me do my kind of weird nerd turntables experiments, comic books storytelling and live shows production. They supported me every step of the way. So yes, I feel very lucky, first of all to have them behind me and secondly that we were able to find an audience for this. These people should be some jedis (laughs) ! Or they just want to see something else happening. And I'm not saying that it's necessarely a big huge mass market of an audience, it was never meant to be and I like that. I protect that feeling of an intimacy, even at a live show, it's important to me. And the label, they have been really supported me, even with this last album and his old cardboard record player for kids, it's very expensive for them to do this kind of things ! They were like : You know how much it's going to cost us ? Ok, as long as you know, we gonna try it ... So of course, I feel very lucky.

TFTC - Don't be so modest, you don't seems to know that some DJ's are playing your tracks in places where people uses to dance ... and it works !

Kid Koala - No ! I never ever heard it (laughs) !! The only person I heard playing one of my tracks was Amon Tobin. We was on tour together and he played ''A Night At The Nufonia''. He started up and just confused the crownd but then he mixed with a Drum'n'Bass thing into it and people freaked up ! He's a fan and a very good friend and when he started I wondered why he was doing this but it was funny because he actually understands my sense of humour.
But no, I've never been in a Hip Hop club where the DJ didn't know I was there and heard one of my tracks and I don't think it will ever happen. Maybe for some stuffs I'm involved in like Handsome Boy Modeling School or Deltron 3030 but it's the closest thing you could hear from me in a club because they're more designed for that scene.


TFTC - You both influenced by and involved into graphic art and comic books (Kid Koala released ''Nufonia Must Fall'' in 2003 and ''Space Cadet'' in 2011 which are both graphic novels and CD albums. He also made a mix called ''Music to draw to'' in 2010 and he's releasing his own cover art -ed). Did you follow any drawing studies ? Where this passion is coming from and are who are the artists you're loving or following ?

Kid Koala - Right. That's an intereting point because I knew there was a comic books and graphic novel scene somewhere but I didn't really learn about it until after I started doing books. When I was a kid I used to deliver newspapers before school, that's how I made my money. It wasn't a lot of money but it was enough to buy a couple of records a week. I only had enough for one vice and I couldn't be into records and comic books (laughs) ! I just spent all my money in records. But for some of these early records, the packaging was in itself an experience, a story, a chance to tell the right joke or to do crazy visual kind of things with the artwork that was very creative and very inspiring to me. It's a dimensional experience to escape from your reality : you open those records, listening to it watching artworks and there's another world in there. That's kind of what leaded my own way to go into visuals, little comic strips or features like my taste for narrative, even if I think I'm more influenced this way by cinema than by any graphic novelist. Anyway I don't feel that I can draw well enough to be a real graphic artist (laughs) ! But I get better for every book I try. For me it's just an extension of what I was into : the Muppet Show, Coen brother's movies, Jean-Pierre Jeunet ... I watched those stuffs and it energized me and gave me this motivation to tell stories that have feelings and with as much passion as what these guys are doing.

I can probably speak more about film directors than graphic novelists but since I have done some books I have been invited in some Comic Con'
(comic books convention -ed) where I have met a lot of people and thesedays I have a couple of friends in this scene : Brian O'Malley from ''Scott Pigrim'', Jhonen Vasquez who made ''Johnny The Homicidal Maniac'', I like Chris Ware obviously, Mœbius ... There're too much names to say (laughs) !
For me these graphic novels - like ''Space Cadet'' or the mosquito one that I'm working on - are just fully made like a paperback movie or a silent screen play with an accompanying soundtrack. I'm a big fan of film music composers like Bernstein or Morricone, that music really moves me. No one never asked me to do it so I was kind of like ''Ok, I gonna do my own little story and I'll do my own music to be with !'' I think, in your life, when you want to open certain doors, sometimes you just have to go to open them by yourself, if you know what I mean.

TFTC - Is this something you want to do, composing for movies ? Say it now, I think there is a lot of people who could be interested by such a call (laughs) !

Kid Koala - People are starting to ask me to do itbecause ... you know, I started with Ninja Tune in 1996 and for 5 or 6 years, people used to think I was just a performer for clubs. I didn't even record anything, and when I did, they were like ''Ok, it's a kind of weird narrative stuff, almost a comedy''. But they're clever and it's obvious there is a lot of storytelling and personnality in my work. When I worked on ''Nufonia Must Fall'' and ''Space Cadet'', people started to consider me as a composer with piano or turntables, able to create more emotive stuffs, without spoken word or anything. And when we did ''The Slew'' (a rock influenced project with Dynomite D and two members from the rock band Wolfmother -ed), we received phone calls for project like ''Sons of Anarchy'', the TV show, tough guys on motorcycles (laughs). And these guys asked me ''Do you want to do some tracks ?''
That's what I love with turntables, there's such a wide range of possibilities and they're born to be chameleon. It's just about how you feel and how you wanna play. Where I'm from, in winter time people are sad, it's a very depressing place to be ! So you scratch differently. You don't want to scratch fast and uptempo. The kind of record you want to practice over is more like Board of Canada, you just try to catch your feelings. And in the summer time you want bigger beats, let's go (laughs) ! I'm very affected by my surrounding, the weather, all that kind of things ...

TFTC - To finish this interview (I definitely didn't have time enough with him -ndlr)I would like to have your version of two stories about you that are almost urban legends today. First : I heard that you have to wear a Koala suit for something like 300 live shows because you lost a bet, is that true ?

Kid Koala - Yes, but it's not 300 shows, that would be too long ... the rest of my career (laughs) ! It's 100 shows. I did lose a bet regarding my ability to jump rope for eight minutes without messing up. Don't make this kind of bet, it's impossible ! I don't care if you've been jumping rope. You know, I do it at the gym, with my boxing trainer, even if I don't box but I do the jump rope. So I was like : ''Yeah, eight minutes, I can't do that'' and a few seconds later I had to wear this koala suit for 100 shows (laughs) ...

TFTC - The second point is about Deltron 3030 (a musical project with Dan The Automator and Del The Funky Homosapiens -ed) you're involved in. We're hearing about - and so waiting for ! - a second album for something like three years. Is there something coming ? Could we still expect it ?

Kid Koala - Yes, of course. Just go on Youtube, you'll find almost the entire album performed live this summer. The recording is finished, we mastered it a month and a half ago. It's our time ! We've been working on it for years, obviously, and this summer we had the opportunity to tour with it. We did seven shows with Dan, Del and I. We had keyboard, drums, guitar and a a twenty pieces orchestra with a horn section. There is lot of orchestral stuffs on the album and when it came time to put it live, we asked ourselves how we could make it on stage and the best way was to bring an orchestra. And it's so cool (laughs) !! So if you look to stuffs from Deltron 3030 on youtube, you'll see the new songs performed live.
We had to change our distributor three times, it wasn't working in our point of vue but whatever ... but now it's OK with EMI. Originally we were aiming for November but I guess it's too late and they want to release it next spring. But the record is finished so people don't have to wait to much longer. And we're really proud of it !



Thanks to Kid Koala for his time, smile and skillz.

Interview by Reverend D, Octobre 6th 2012.

lundi 28 mai 2012

#126 - Tribute to Grandmaster Roc Raida

Sans le high kick de la mort (justement) encaissé en Septembre 2009, Grandmaster Roc Raida aurait eu 40 ans ce mois-ci. L'occasion d'un double constat : 1. ne s'improvise pas David Carradine qui veut et 2. le maître manque cruellement au peuple turntabliste tout entier. Cette semaine était donc l'occasion pour Tales From The Crate de revenir sur les talents de ce demi Dieu de la platine vinyle et sur la préhistoire du Scratch contemporain avec le tribute "Roc for Raida" (vous avez saisi le brillant jeu de mots ?) réalisé en Mars par Rob Swift et rassemblant la crème de ses frères d'armes X-Ecutioners. Une saveur Old School indescriptible et un style un peu oublié ... mais pas chez nous.
Paléontologues d'un soir, nous exhumions ensuite la rarissime pépite "Next Stop Brooklyn", signée du maître disparu aux cotés de DJ The Boy et sortie en cassette à une époque que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître ...
Ce soir plus que jamais : R.I.P. Anthony Williams.




In September 2009, Grandmaster Roc Raida was kicking to death during a sport trainning. For his 40th anniversary (May, 18th 1972), there are two things to say : 1. being David Carradine is a full time job and 2. turntablist people is missing the master. So this week, Tales From The Crate was back to the skills of one of gods of turntables with the tribute "Roc for Raida" by DJ Rob Swift and a few X-Ecutioners. An Old School taste almost disappeared that people seems to have forgotten ... maybe everybody but us.
Still in a paleontologist way, we dug a really rare gems in second part : "Next Stop Brooklyn" by our Grandmaster alongside DJ The Boy, released in tape (I swear) and came from a time that people under 20 years old can't know ...
Tonight more than ever : R.I.P. Anthony Williams.

dimanche 8 avril 2012

#119 - Scratch Bandits Crew & DJ Ping (King Underground)

Ce n'est rien de moins qu'un évènement qui occupait les sous-sols cette semaine avec l'avant première de "31 Novembre", nouvel album du trio lyonnais Scratch Bandits Crew et pépite turntabliste chaudement recommandée !! Supa-Jay, Syr et Geoffresh nous offraient le temps d'un entretien dans les grandes largeurs, l'occasion de revenir sur leurs débuts, leur travail et leurs projets (l'interview est à retrouver ICI).
Nous revenions ensuite sur le label anglais King Underground dont nous parlions il y a une paire de semaines (ICI), avec un podcast fort printanier (n'est-ce pas ?) pour la marque Dephect signé par DJ Ping, tête pensante d'une structure qu'on vous a déjà dit de surveiller, on n'voudrait pas insister ...



Nothing but an event this week with the preview of "31 Novembre", new album from the french trio Scratch Bandits Crew and amazing turntablist records to be listened as soon as you can !! Supa-Jay, Syr and Geoffresh took time to answer our question in a pretty cool interview that you can find HERE (french only).
Then we were back to King Underground that we spoke about a few weeks ago (HERE), with the Dephect Spring Podcast made by DJ Ping, leader of this british label that we already told you to watch out ...

jeudi 5 avril 2012

Scratch Bandits Crew's interview (Tales From The Crate #119)

2012 est décidément une bonne année pour le Scratch hexagonal ! Deux ans après leur premier opus "En Petites Coupures", les lyonnais du Scratch Bandits Crew reviennent avec les douze titres de l'album "31 Novembre" (disponible dès le 09 Avril), remarquable galette turntabliste à la poursuite d'une musicalité qui fait parfois défaut au genre.
Petite bombe inventive et sensible, le trio prouve avec cette sortie que la Scratch Music peut allier technicité, émotion et efficacité et pourrait bien bouleverser une paire d'idées reçues sur ce type de travail aux platines. Et ça ferait pas de mal ...
Tales From The Crate se devait évidemment de kidnapper Supa Jay, Syr et Geoffresh le temps d'une interview souterraine dans les grandes largeurs.


Tales From The Crate - C'est la première fois que j'ai la chance de vous recevoir dans Tales From The Crate, passons donc au chapitre Genèse. On a du vous le demander un milliard et demi de fois ...

Supa Jay - Ouais !!

TFTC - ... mais on va y repasser : Qui ? Quand ? Quoi ? Comment vous vous rencontrez et commencez à travailler ensemble ?

Supa Jay - A la base Scratch Bandits Crew est un collectif qui est né à Lyon en 2002. On s'est tous rencontré autour de notre passion pour le Scratch. Pour nous c'était un moyen d’échanger nos techniques puisqu'à l'époque Internet n'était pas encore développé comme aujourd'hui, tout se faisait un peu à l'oral.
Très vite on nous a proposé de faire des concerts. Au départ on était plus dans ce qui s'apparentait à de la performance, à des shows dans l'esprit des prestations lors des championnats de Scratch. Et puis avec les années on a commencé à réfléchir à une identité artistique en composant nos morceaux puis en montant un vrai spectacle pour faire des concerts.
La formation comme elle existe actuellement c'est à dire Geoffresh, Syr et moi, date de 2009. Au final Scratch Bandits Crew est un collectif auquel une dizaine de DJ's ont participé mais aujourd'hui le noyau dur c'est la formation en trio qui représente le nom sur scène et sur disque.

TFTC - Les « anciens » gravitent-ils toujours autour de vous ?

Supa Jay - Certains ont complètement arrêté la musique, il faut dire qu'en dix ans il peut se passer beaucoup de choses. Parmi les gens qui sont toujours actifs dans le mouvement, sur le disque ("31 Novembre") on peut citer la participation de Fly et Mart-One, deux personnes qu'on invite avec nous sur scène dès que les dates le permettent pour réaliser des featurings. Pour faire simple, le trio est devenu la formation de base mais il y a certains des "anciens" qui gravitent autour du projet et font des apparitions dès qu'on en a l'opportunité.

TFTC - A la façon dont tu le décris, certaines personnes peuvent avoir le sentiment que vous avez opéré une sorte de hold-up sur le nom mais en fait de nombreux membres du collectif sont toujours autour de vous mais sont moins actifs ou pas au sein de ce projet là ?

Supa Jay - En 2002, quand j'ai monté le groupe, les objectifs n'étaient pas les mêmes. A la base on était tous là par passion et puis au fur et à mesure du temps on a du se resserrer autour de ce qu'on voulait vraiment faire ensemble. Ne serait-ce que pour des raisons de temps.
La Sratch Music c'est super parce que c'est en perpétuelle évolution mais c'est une musique qui prend énormément de temps à élaborer. En 2009 on nous a proposer énormément de dates et tout le monde a du faire un choix quant à ses objectifs et ses engagements. C'est là qu'on a décidé de créer un noyau dur qui pourrait assurer la représentation tant sur disque que sur scène.
Après Scratch Bandits Crew c'est un collectif de gens qui se voient tout le temps mais c'est vrai qu'on a connu une évolution entre l'époque où on existait de manière informelle et où on se formait quand on avait l'opportunité d'assurer un concert, et le trio comme il s'est dessiné en 2009. On a fait une centaine de concerts depuis, c'est vraiment une activité quotidienne, permanente.

TFTC - DJ Fly que tu citais à l'instant s'est illustré en compétition en devenant champion du monde DMC en 2008, c'est quelque chose que vous avez fréquenté en équipe ce cercle des championnats ?

Supa Jay - On a gagné la Coupe de France en 2004. Ça fait longtemps ... On a continué jusqu'en 2007, après quoi on a voulu s'émanciper des formats de type 6 minutes (le format standard d'une participation à une compétition de Turntablism -ndlr) qui demande énormément de temps. Disons qu'on s'est dit : quitte à passer du temps à faire de la musique ensemble, autant que ce soit aussi pour faire des concerts ou des choses qui ne sont pas tout le temps astreintes à un format de championnat.
En plus c'est l'année où Fly a été champion du monde que le groupe a commencé à vraiment faire parler de lui et que les dates se sont multipliées. C'est aussi pour ça qu'on a dû faire des choix, parce que nos agendas ont grossi parallèlement les uns aux autres.


TFTC - J'aimerai insister sur une particularité qui vous différencie d'autres formations du même type, c'est moins une méthode de travail qu'une espèce de technologie qui vous est propre. Parmi vous se trouve un genre de chercheur qui développe des machines aussi dingues que géniales dont vous vous servez ensuite pour composer vos morceaux : une interface sonore sur la base d'un disque vinyle cassé, une table de mixage dont les crossfaders jouent sur les fréquences plutôt que sur les volumes ... lequel d'entre vous est l'atout technologique du groupe ?

Geoffresh - C'est moi, c'est Geoffresh ...

Syr et Supa Jay éclatent de rire en cœur après plusieurs secondes de silence - C'est lui ! C'est Geoffresh ! On l'a reconnu !!

TFTC - C'est brillant ce travail là ! Tu as une formation technique au départ ou est-ce tout à l'expérimentation ? Comment est-ce que te viennes les idées ?

Geoffresh - J'ai une petite formation technique mais je dois plus à des essais en autodidacte. Je trouve que ça complémente bien l'esprit live du groupe.

TFTC - Là on parle d'un degré technique qui dépasse tout de même largement l'habileté qu'on peut attendre d'un groupe de scratcheurs !

Geoffresh - Non, ce n'est pas comme ça que je le vois. On utilise les techniques de Scratch mais avec de nouveaux éléments.

Supa Jay - L'idée c'est de transposer les techniques qu'on a pu acquérir en Scratch sur des instruments dont les réponses ne sont pas conventionnelles ou en tout cas pas celles qui sont attendues. C'est faire en sorte qu'avec les mêmes mouvements, le son qui sorte ne soit pas seulement des allers et retours de disques vinyle mais un jeu sur des synthétiseurs par exemple. On garde la dextérité de l'instrument Scratch mais on la transpose sur des machines qui ne sont pas trouvables dans le commerce.

TFTC - A mon sens ça participe de la force mélodique qui est la vôtre. Ces machines c'est quelque chose qui vous est totalement exclusif, vous rendez-vous compte que ça vous ouvre des possibilités auxquelles les autres artistes de Scratch Music ne peuvent pas encore s'attaquer ?

Supa Jay - Le problème de la Scratch Music c'est effectivement que c'est une niche et en tant qu'artiste on est astreint aux évolutions technologiques des constructeurs sur un matériel qui n'évoluera qu'en fonction du nombre de personnes qui l'utilisent. Comme la Scratch Music intéresse encore un groupe assez restreint de gens, les évolutions se font super lentement. Regarde les MKII (modèle de platine de la marque Technics et référence indétrônable pour un grand nombre de DJ's -ndlr), c'est resté une référence pendant vingt ans mais sans presque jamais évoluer. Il y a donc eu un moment où plutôt que d'attendre qu'on nous propose un nouveau bouton ou une modification intéressante sur le matériel qui existe, on a préféré essayer de créer des instruments qui répondent à nos envies quant aux réactions que l'on voulait obtenir dans notre utilisation des platines et de la table de mixage.

TFTC - Est-ce que ça coûte ce type de développement ?

Supa Jay - Ça coûte en temps. C'est un laboratoire, tu ne tombes pas directement sur ce que tu veux. Après il faut aussi voir les contraintes qui sont grandes parce que c'est du matériel qu'on utilise sur scène, il faut que ce soit fiable, que ça marche dans tous types de conditions, même quand on joue en plein air à la montagne ...

TFTC - ... et que ça se véhicule aussi, j'imagine.

Supa Jay - Voilà. Après je t'avoue que nous ne prenons pas le train (rires) !!
Pour revenir sur la notion de temps, disons que c'est tout un travail de défrichage. C'est pas le tout de construire des instruments, il faut aussi apprendre à les utiliser de manière pertinente. Le but c'est quand même de mettre ces machines au service de la musique.

TFTC - Y a-t-il des artistes qui ont manifestés un intérêt à l'idée de travailler eux aussi avec ce type de prototypes ?

Supa Jay - D'une manière générale, ça intéresse beaucoup les artistes avec lesquels on fait des plateaux. Ça intrigue. Mais ce matériel que Geoffresh à construit nous impose une logistique assez lourde et si lui n'est pas dans le groupe dans lequel ce matériel est utilisé, ça devient très compliqué.

Geoffresh - Ce n'est même pas réalisable en fait. Derrière l'aspect purement mécanique il y a de l'informatique ce qui impose un débuggage constant. Comme l'a dit Jay les conditions extérieures jouent aussi ... Ce ne sont tout de même que des prototypes, ce ne sont pas des machines prêtes à être vendues dans le commerce.

TFTC - Pour finir là dessus, j'avais eu vent de rumeurs selon lesquels de grand noms du Turntablism s'étaient montrés curieux ou insistants à l'idée d'utiliser un matériel similaire au vôtre, est-ce que vous confirmez ? J'ai entendu le nom de Qbert revenir en particulier ...

Geoffresh - Non, c'est faux.

Supa Jay - Le truc c'est qu'on a jamais eu la chance de faire un plateau avec Qbert. Ça a toujours intrigué les artistes aux cotés desquels on a joué mais Qbert n'en fait pas partie. On n'a donc jamais pu échanger avec lui sur ce sujet.

De Gauche à Droite : Syr, Supa Jay & Geoffresh

TFTC - Parlons de votre actualité à présent et de cet album "31 Novembre" à sortir le 09 Avril 2012 soit deux ans après votre premier EP "En Petites Coupures". Ce sont deux disques qui me semblent sonner très différemment, est-ce que je me trompe si je dis qu'il n'y a pas la même intention musicale derrière ?

Supa Jay - Effectivement. "En Petites Coupures" sorti en 2010 était notre première sortie officielle et physique. On voulait que ce soit comme une carte de visite et qu'on y retrouve totalement notre identité. Il fallait qu'un maximum d'éléments soient scratchés et que le disque soit réalisable en live presque à l'identique de la façon dont il avait été enregistré. On s'était fixé un cahier des charges très lourd dont on s'est un peu libéré pour réaliser "31 Novembre".
Pour ce nouveau disque on s'est un peu détacher des contraintes liées au fait de vouloir tout scratcher. Comme en plus on est sur un format plus long, on a tenté plus de choses et pris le temps de poser certaines ambiances. Une autre différence entre les deux sorties c'est que les morceaux de "En Petites Coupures" ont tous été joués en live avant d'être enregistrés. On baignait dans une ambivalence entre la volonté de développer des mélodies et le besoin d'énergie du live ce qui donnait des morceaux plus longs et un peu mutants. Là on a voulu faire un disque pour que ce soit un disque en se focalisant sur la musicalité, quitte à devoir déstructurer nos morceaux pour les versions live.
En dehors de ça le processus de création est le même : on a enregistré de la matière et on l'a retraité jusqu'à en être totalement satisfait.

TFTC - "31 Novembre" propose moins de cuivres et plus de piano ou de violons, sonne moins Electro, ou plutôt pas dans la même fibre Electro, plus downtempo, plus Jazz aussi. J'ignore si c'était votre volonté en le réalisant mais au fond est-ce que ce second opus n'est pas plus personnel que le premier ?

Supa Jay - Il y a de ça, oui. Même s'ils ne sont pas très nombreux, il y a d'autres groupes de Scratch Music dans le monde. Pour nous ça ne suffit pas d'être identifié par notre instrument. Dire que Scratch Bandits Crew c'est un groupe avec plusieurs scratcheurs en même temps, ça ne signifie rien, de la même manière que définir un groupe de rock par le fait qu'il y ait un batteur, un bassiste et un guitariste.
Sur ce disque la démarche ça a été d'utiliser les machines pour traiter des sons qui soient acoustiques, pas seulement faire des sons de machines avec des machines quitte à écarter un peu le coté électronique. Mais le plus important c'est qu'on a essayé de voir jusqu'où on pouvait aller dans l'émotion et les atmosphères. On voulait vraiment mettre la technique au service d'une musique qui soit sensible.
TFTC - Une autre particularité de votre démarche c'est le fait de faire enregistrer tous les éléments que vous utilisez, c'est-à-dire que vous ne passez pas par le sampling au sens de la récupération sonore depuis des vinyles comme le veut l'imagerie ou la tradition Hip Hop. Comment se passe le travail avec les instrumentistes ?

Supa Jay - Avant tout il faut savoir qu'on ne se rend en studio que pour finaliser et faire le mastering. Tout le reste se fait à la maison. Après notre démarche n'est pas du tout d'abolir le sampling mais de faire du sample à partir d'une matière qui est la nôtre. Tous les musiciens dont tu parles ont été enregistrés entre 2006 et 2012. Dès qu'on a la possibilité d'enregistrer un instrument on le fait pour ensuite aller chercher dans cette banque de sons comme on irait chercher dans un bac de vinyles. Ça nous permet de garder ce coté samplé et bricolé qu'on aime beaucoup puisque c'est dans la culture Hip Hop de faire de la musique comme ça, mais de le faire avec notre propre matière et de ne pas être limité par ce qu'on pourrait trouver sur des disques.

TFTC - Tu parles du travail autour des atmosphères de "31 Novembre" et on peut en effet assez facilement s'inventer des images sur votre musique : est-ce que cet album n'est pas aussi le soundtrack d'un univers visuel que vous développez avec les clips et les prestations live ? Réfléchir à cet album n'était-il pas aussi réfléchir à un projet plus global ?

Supa Jay - C'est notre manière en effet de s'affranchir du coté très démonstratif du Scratch. Il ne s'agit pas de faire des choses moins techniques mais d'essayer de faire oublier aux gens cet aspect technique pour les faire entrer dans quelque chose de plus onirique.
On essaye donc de suggérer un univers visuel à travers la vidéo, la scénographie et un show lumière très travaillé. L'idée c'est d'alterner entre les moments où le focus est mis sur la performance et les moments où on aimerait que le public pénètre dans un univers plus global.

TFTC - Qui sont les gens avec qui vous travaillez ?

Supa Jay - Rémi Mallet gère les lumières, Brusk un graffeur français s'occupe des visuels et Icecream, un motion designer, est chargé de mettre ça en mouvement et de faire les vidéo.

TFTC - Toujours à propos du live, est-ce que vous avez des spécialités sur scène, un rôle à tenir en particulier ? Qui fait quoi en gros ?

Supa Jay - Basiquement on ne s'organise pas pour que l'un de nous gère la ligne de basse, un autre les voix ou un troisième la batterie. Tout le monde fait un peu tout à tour de rôle. Malgré tout nous avons chacun un équipement un peu différent sur scène. Même si on a tous une platine vinyle et une table de mixage, Geoffresh est entouré de tous ses prototypes qui lui permettent d'aller dans des sonorités plus électroniques, Syr qui est un excellent technicien a beaucoup de parties très scratchées et moi j'ai un set up de samplers pour pouvoir envoyer pas mal d'échantillons. Bien qu'on ait tous à peu près le même instrument, ça nous permet d'avoir quand même de petites spécialités et d'avoir chacun notre place.

TFTC - What's next ? La sortie de l'album c'est forcément une grosse actualité et beaucoup de travail mais est-ce qu'il y a des projets ou des envies encore en gestation et qui pourraient voir le jour dans les mois qui viennent ?

Supa Jay - On a déjà énormément de travail pour adapter notre album pour les concerts, sachant de toutes façons qu'il y a des morceaux qui resteront exclusifs au disque de la même manière qu'il y a des morceaux qui n’existent qu'en live.
Après sans dire que c'est une envie qui va se concrétiser ou pas, c'est vrai qu'il y a certains morceaux de "31 Novembre" qu'on aimerait bien jouer avec une instrumentation plus riche, avec un ensemble de musiciens par exemple, mais en prenant le temps de faire quelque chose de pertinent, pas trois répétitions avec des gens qui se greffent sur des titres pré-existants. C'est quelque chose qu'on aimerait bien faire et ce disque se prêterait bien à la rencontre de la Scratch Music et de musiciens disons plus traditionnels.

TFTC - Ça confirme un peu la sensation que j'ai : vous semblez avoir envie de dépasser la trop grande technicité que l'on prête parfois à la Scratch Music et au monde du Turntablism de manière générale, à la poursuite d'une dimension plus mélodique, vers une plus grande musicalité. Est-ce que je me trompe ?

Supa Jay - Ça n'est pas que ça. Se retrouver sur scène pour proposer de la Scratch Music c'est être assimilé à toute l'imagerie du DJ. Le public fait parfois mal la différence entre les scratcheurs et les DJ's et avec plusieurs DJ's sur scène, il réclame un show tout en énergie. Nous avons envie de tirer un peu dans l'autre sens en rappellant que le Scratch est un instrument et que c'est important d'avoir l'attention des gens.
Ce qu'on fait est souvent associé à la musique électronique et à l'idée de faire danser les gens et c'est parfois un peu frustrant. En fait c'est même un contre sens parce que le Scratch est un outil pour déstructurer le son, c'est un instrument de solo. Il faut trouver un équilibre entre la technicité des championnats et la musique de soirées Electro, proposer des parties intéressantes à la fois techniquement et musicalement et être suffisamment digeste pour se produire dans des salles de concerts.

Syr - On se tient quand même toujours au courant. Personnellement j'ai regardé les derniers championnats DMC. C'est pas quelque chose que l'on renie ou rejette. C'est juste qu'on s'est positionné sur quelque chose d'un peu différent.

Supa Jay - Il faut dire aussi que tous les trois, on a toujours travaillé avec d'autres groupes séparément et le fait de n'avoir plus qu'un seul projet nous donne sans doute envie de tendre vers des featurings avec des instrumentistes.

TFTC - Vous intéressez-vous à des projets qui partagent un peu cette vision de l'utilisation de l'instrument Scratch ? Je pense à Matmon Jazz par exemple, le projet de DJ Ordoeuvre ...

Supa Jay - Oui, on a joué avec lui. C'est excellent ! Ce que je dis là ça ce n'est pas à prendre dans le sens où on serait les seuls à faire ce qu'on fait. Nous comme d'autres essayons de tirer les choses dans ce sens là. C'est ce qui va pérenniser le Scratch : il faut arriver à ce que les gens impriment ces sonorités et s'intéressent à ces codes là pour qu'on puisse continuer à en faire dans les concerts et que ce soit le centre de notre création musicale. Il y a un tendance à édulcorer les choses qui inquiète forcément, la Scratch Music est une musique particulière et c'est vraiment important qu'elle garde cette particularité.
L'instrument Scratch n'a évolué qu'à travers les compétitions, chaque année c'était le rendez-vous pour voir les nouvelles techniques. Maintenant quand tu as développé des aptitudes et des techniques pour faire de la musique et bien ... faut en faire (rires) ! Même si c'est maladroit. On n'a pas composé nos morceaux du jour au lendemain et au début on a fait des choses plutôt maladroites mais l'envie de faire de la musique à plusieurs nous a mené là où on en est aujourd'hui.
Mais c'est vrai pour tous les instruments, c'est juste que le Scratch est un instrument qui est jeune et qui jusque là s’apprenait plutôt de manière autodidacte. Tu verras qu'un jour on l'étudiera dans les écoles de musique dans les cursus de musiques actuelles ... Le Rock ne s'apprenait pas au départ, on en jouait dans les caves, aujourd'hui on l'enseigne au Conservatoire.


L'album "31 Novembre" sera disponible dès le 09 Avril 2012 ...


Merci à Supa Jay, Syr & Geoffresh pour leur temps, leur sourire et leur talent ...

Interview by Reverend D, by phone, March 28th 2012.